bienvenue à tous,

Il me revient un vers de Renée Vivien ( ma poétesse favorite ),
« Quelqu’un
Dans l’avenir
Se souviendra
De nous… »
Cette strophe résume aisément le sujet d’ « histoirecenthistoires ».
L’intérêt porté, par nos contemporains, aux vedettes actuelles occulte
bien souvent le souvenir des célébrités d’autrefois.
Tranquillement, peu à peu, le temps et les hommes ont effacé leurs empreintes de nos mémoires.
Retrouver leurs traces, se souvenir d’elles, est la pensée de ce blog.
J’affectionne aller reconnaître les catacombes du passé, où dorment ces héroïnes et ces héros.
J’aime questionner les ruines des lieux où leurs cœurs battirent. Je m’émerveille de voir ces endroits abandonnés, pourtant magiques, se ranimer, au premier accent du rêve, et retrouver tout leur éclat ancien.
Je vous invite à partager avec moi, ces rêves, ces enchantements, par des textes, de la poésie, des images et des récits de voyages.
C’est à une « odyssée » que je vous convie.
Embarquons alors et voguons !
J .D.
Affichage des articles dont le libellé est Promenade littéraire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Promenade littéraire. Afficher tous les articles

jeudi 29 mars 2012

Balzac et la Touraine

« Ne me demandez plus pourquoi j’aime la Touraine, je ne l’aime ni comme on aime son berceau, ni comme on aime une oasis dans le désert…je l’aime comme un artiste aime l’art.  Sans la Touraine, peut-être ne vivrais-je plus ! »
Balzac- Le Lys dans la Vallée

« J’achète la Grenadière… », « …Montcontour est à vendre ! ».
Extraits de correspondances

La Grenadière, un lieu cher à Balzac, il y garde le souvenir de l’été 1830, passé là avec Laure de Berny, l’amante secourable.  Il ne l’achètera pas mais y fera vivre l’un de ses personnages, Lady Brandon.  Montcontour, un de ces petits châteaux de Touraine, blancs, jolis, à tourelles, restera à jamais un rêve pour le romancier.

Honoré de Balzac et la vallée de la Loire seront indissociables.  Véritable réservoir  de modèles, de paysages, la région anime sa « Comédie Humaine ». 

« Son froc en arrière, laissait à découvert son col d’athlète ou de taureau, rond comme un tronçon de colonne, sans muscles apparents, et d’une blancheur satinée qui contrastait avec le ton plus coloré de la face…Il présentait les signes d’une santé violente peu en harmonie avec les pâleurs et les verdeurs romantiques à la mode.  Son pur sang tourangeau fouettait ses joues pleines d’une pourpre vivace et coloriait chaudement ses bonnes lèvres épaisses et sinueuses, faciles au rire… »  Balzac par Théophile Gautier - 1835

Honoré ouvre les yeux à Tours, au bord de cette Loire, le 20 mai 1799, dans une maison aujourd’hui disparue.

« Tours a toujours été et sera toujours, les pieds dans la Loire, comme une jolie fille qui se baigne et joue avec l’eau, faisant flic flac en fouettant les ondes avec ses mains blanches ; car cette ville est rieuse, amoureuse, fraîche, fleurie, parfumée mieux que toutes les autres villes du monde, qui ne sont pas tant seulement dignes de lui peigner ses cheveux, ni de lui nouer sa ceinture… »
Balzac – Les contes drolatiques


Très vite séparé de ses parents, Honoré est conduit à Saint-Cyr, chez une nourrice.

«  Le désir de revoir le petit village de Saint-Cyr où demeurait ma nourrice me fit diriger mes pas de ce côté.  Je m’informais si elle vivait encore dans le dessein de lui procurer une douce aisance qui dorât ses vieux jours.  J’appris avec douleur qu’elle était morte.  Alors je me mis à visiter  tous les sentiers témoins de mes premiers pas… » Balzac - Sténie

 Il ne retrouvera ses parents qu’à l’âge de quatre ans.

Dans la maison paternel, rue de l’armée d’Italie, aujourd’hui rue Nationale, Honoré coule alors des jours tranquilles. 

Son père, Bernard-François, est un notable. Il fait fonction d’adjoint au maire, d’administrateur des Hospices et d’assesseur auprès du juge de paix de Tours.  Impliqué dans une faillite, il échappera, grâce à d’utiles protections, à la justice, mais devra quitter la ville en 1814.

La mère, Laure Sallambier, n’aimait guère le petit Honoré.

«  de quatre à six ans, je la voyais les dimanches…quand elle m’a pris chez elle, elle m’a rendu la vie si dure qu’à dix-huit ans, en 1817, je quittais la maison paternelle…j’ai donc été, moi et Laurence, l’objet de sa haine. » Extrait de correspondance.

Avant d’aller à Vendôme, il fréquente à Tours, la pension Le Guay où il retrouve les enfants de la petite bourgeoisie tourangelle.

«  Moi, chétif et malingre, à cinq ans je fus envoyé comme externe dans une pension de la ville, conduit le matin et ramené le soir par le valet de chambre de mon père.  Je partais en emportant un panier peu fourni, tandis que mes camarades apportaient d’abondantes provisions.  Ce contraste entre mon dénûment et leur richesse engendra mille souffrances... »
Balzac-Le Lys dans la Vallée

Il se rattrapera plus tard.

« Balzac mangeait avec une joviale gourmandise qui inspirait l’appétit et il buvait d’une façon pantagruélique.  Quatre bouteilles de vin blanc de Vouvray, un des plus capiteux qu’on connaisse, n’altéraient en rien sa forte cervelle et ne faisaient que donner un pétillement plus vif à sa gaieté… » 
Balzac par Théophile Gautier

A huit ans, il entre au collège des Oratoriens de Vendôme.  Pensionnaire à l’année de 1807 à 1813, sa mère ne lui rend visite que deux fois.
Ses professeurs le jugent paresseux.  Sa mère confirme : «  cet enfant ne nous donnera que des chagrins ».  Mais lui n’en a cure, il décoche à un camarade «  un jour je serai célèbre ».  
Sans doute porte-t-il déjà en lui l’esquisse de sa grande fresque.  En vingt ans, une centaine de romans et plus de deux mille personnages. 

En attendant, il vit une période maudite. 
Volontairement malade, il revient à Tours. 
1814,  il fait son entrée au collège Royal. 

Arrive ensuite le départ pour Paris.  Des études de droit, clerc chez un notaire, métier qu’il abandonne au bout de deux ans.  Une première œuvre «  Cromwell », quelques récits.  Journaliste, imprimeur, éditeur, il échoue dans toutes ses entreprises.  Puis vient le temps des projets insensés, des rêves de fortunes.  Les chèvres du Tibet qui ont perdu leurs poils, les toiles de maîtres qui se révèlent des croûtes sans valeur.  Surgissent, avec ces désastres, les soucis financiers.  Commencent alors les interminables poursuites, l’impossible jeu de cache-cache avec les créanciers et la recherche continuelle d’argent et aux femmes en mesure de lui en fournir.

La vie tourmentée de Balzac le ramène régulièrement dans sa région natale.  Un voyage de vingt-trois heures en diligence.
Son refuge de prédilection, il le trouve au château de Saché. C’est la propriété de Monsieur de Margonne.  Un ami de la famille, mais surtout l’ancien amant de sa mère et le père de son frère Henri. On comprend pourquoi celui-ci, malgré une femme acariâtre, ouvre généreusement les portes de son château, au romancier.   Aussi Honoré ne s’en prive pas.  

« Saché est un débris de château sur l’Indre, dans une des plus délicieuses vallées de Touraine.  Le propriétaire, homme de cinquante-cinq ans, m’a fait jadis sauter sur ses genoux.  Il a une femme intolérante et dévote, bossue, peu spirituelle.  Je vais là pour lui ; puis j’y suis libre… » extrait de correspondance


Dans sa chambre dont la fenêtre s’ouvre sur la vallée, assis dans son lit, le pupitre reposant sur les jambes ou sur la petite table que l’on voit encore, il écrit.  Couché à 6 ou 7 heures « comme les poules » disait-il, ce galérien des mots  se lève à une ou deux heures du matin pour 16 à 17 heures d’écriture entrecoupées de simples pauses et de tasses de café pur.

Quelquefois, le soir, pour les invités de ses hôtes, dans le salon où rien n’a changé, ni la cheminée de marbre noir à colonnettes, ni le papier peint, Honoré descend raconter et mimer les scènes qu’il vient d’écrire.

C’est avec le romancier que nous allons faire une ravissante promenade au jardin de la France.  En Touraine, de la vallée de la Loire à la vallée de l’Indre, de Tours à Saché, par le chemin emprunté par Felix de Vandenesse, le héros de son roman Le lys dans la vallée.  De Tours par le plateau de Charlemagne couvert aujourd’hui de vignes et de cultures, on peut s’arrêter un instant au bord de la route, peut-être au-dessous du même noyer où Felix s’arrêta, le cœur battant, conquis par

« ce long ruban d’eau qui ruisselle au soleil entre deux rives vertes, par ces lignes de peupliers qui parent de leurs dentelles mobiles ce val d’amour, par les bois de chênes qui s’avancent  entre les vignobles sur des coteaux que la rivière arrondit toujours différemment, et par ces horizons estompés qui fuient en se contrariant… » Balzac – Le Lys dans la vallée


Le Lys comme guide, il faut descendre sur Artannes, l’Indre y bat toujours la roue des moulins.  Tout est pareil, fidèles et poétiques, les bouquets d’arbres, les vieilles barques, les masures, les petits jardins avec leurs haies de chèvrefeuilles, de jasmins et de clématites, harmonie parfaite entre l’écrivain et la terre inspiratrice.

Un peu plus loin,  Pont-de-Ruan.

« …voilà le village de Pont-de-Ruan, joli village surmonté d’une vieille église pleine de caractère, une église du temps des croisades, et comme les peintres en cherchent pour leurs tableaux.  Encadrez le tout de noyers antiques, de jeunes peupliers aux feuilles d’or pâle, mettez de gracieuses fabriques au milieu des prairies où l’œil se perd sous un ciel chaud et vaporeux, vous aurez une idée d’un des mille points de vue de ce beau pays… »  Balzac – Le Lys dans la Vallée


Poussons jusqu’à la barrière du château de Frapesle (Valesne), de là portons le regard vers la rive opposée, au sommet du coteau : Clochegourde (la Chevrière), la demeure de Madame de Mortsauf.  Continuons et suivons le cours de l’Indre, où Balzac conduisit Mme de Berny pour une ultime promenade sentimentale,  pour arriver au château de Saché.

«  …La Touraine m’a rendu quelque santé…Je suis en ce moment dans ma petite chambre de Saché où j’ai tant travaillé.  Je revois les beaux arbres que j’ai tant vus en cherchant mes idées.  Je ne suis pas plus avancé en 1836 qu’en 1829 ; je dois et je travaille toujours…J’ai ici depuis quelques jours, contemplé l’étendue de mon œuvre et ce qui me reste à faire.  C’est énorme.  Aussi, en voyant cette immense fresque, ai-je une grande envie de liquider la Chronique, de renoncer à toute espèce d’ambition politique et de prendre quelques arrangements qui me permettrait de me retirer dans un cottage de Touraine et d’y accomplir paisiblement, sans souci, cette œuvre qui m’aidera à passer la vie…La Touraine est cependant bien belle en ce moment.  Il fait une chaleur excessive qui fait fleurir les vignes.  Ah ! Mon Dieu ! quand aurais-je une petite terre, un petit château, un petit parc, une belle bibliothèque, et pourrais-je habiter cela sans ennuis… » Extrait de correspondance


Voilà, nous avons un tout petit rêvé au cours de cette lecture.  Balzac chérissait sa vallée, elle était pour lui un lieu de repos, de vie et de santé mais aussi un réservoir inépuisable de paysages, de personnages d’une densité et d’une force qui animèrent son œuvre colossale, La Comédie Humaine. Dans cette vallée, rien n’a changé ou presque.  Les beaux soleils d’automne, les rives de la Loire, les vignobles, les façades en tuffeau des maisons, les rues, les vieux quartiers de Tours ou de Saumur,  tous nous transmettent encore les émotions balzaciennes du Lys dans la Vallée, de La Femme de Trente Ans, du Père Goriot ou de L’illustre Gaudissart. 

Allez-y faire un tour, vous ne le regretterez pas.






lundi 23 mai 2011

Promenade littéraire, Victor Hugo et la vallée de la Bièvre

Gentilly, la maison des Foucher.
« L’on ne songe plus, tant notre âme saisie
Se perd dans la nature et dans la poésie,
Que tout près, par les bois et les ravins cachés
Derrière le ruban de ces collines bleues,
A quatre de ce pas que nous nommons des lieues
Le Géant Paris est couché »
Victor Hugo, au château des Roches.

A quelques kilomètres de Paris, la vallée de la Bièvre mérite le détour.  Lieu de promenade et de distraction des Parisiens depuis des siècles, elle a charmé de nombreux écrivains et artistes.  Ronsard, Rousseau, Corot, Odilon Redon, parmi tant d’autres ont été séduit par la beauté de l’endroit.  Au bonheur que lui accorde l‘inspiration de  quelques belles œuvres s’ajoute le souffle puissant de Victor Hugo.  Malgré la modernisation, il reste encore de ces temps-là une musique qui ne s’éteint pas. 
Presque au centre de Paris, à l’endroit invisible où la Bièvre rencontre la Seine, règne toujours l’écho à la fois insaisissable et lointain des Feuillantines.  Dans l’ancien couvent, parmi les herbes folles, enfant heureux, Victor découvrit la nature, la poésie et la tendresse.

Le jardin des Feuillantines.
« J’eus, dans ma blonde enfance, hélas, trop éphémère, trois maîtres : un jardin, un vieux prêtre et ma mère.»

Plus tard, retrouvant la Bièvre à Gentilly, Victor, adolescent amoureux, rejoignait la jeune Adèle Foucher.  Encore plus tard, c’est dans les villages de Bièvres et de Jouy que s’abritèrent les amours naissantes de Victor Hugo et de Juliette Drouet.

De la demeure des feuillantines, témoin de l’éveil de la sensibilité du poète, il ne subsiste plus rien.  Seul, survit l’image des mots.  Hugo écrivait en 1875 :

Les Feuillantines.
« … aujourd’hui ces arbres, cette chapelle et cette maison ont disparu.  Les embellissements qui ont sévi sur le jardin du Luxembourg se sont prolongés jusqu’au Val-de-Grâce et ont détruit cette humble oasis.  Une grande rue assez inutile passe-là.  Il ne reste plus des Feuillantines qu’un peu d’herbe et un pan de mur décrépit encore visible entre deux hautes bâtisses neuves, mais cela ne vaut plus la peine d’être regardée si ce n’est par l’œil profond du souvenir.  En janvier 1871, une bombe prussienne a choisi ce coin de terre pour y tomber, continuation des embellissements, et M. de Bismarck a achevé ce qu’avait commencé M. Haussmann.  C’est dans cette maison que grandissaient sous le premier empire les trois jeunes frères.  Ils jouaient et travaillaient ensemble, ébauchant la vie, ignorant la destinée, enfances mêlées aux printemps, attentifs aux livres, aux arbres, aux nuages, écoutant le vague et tumultueux conseil des oiseaux, surveillés par un doux sourire.  Sois bénie, ô ma mère !».

Des Feuillantines à Gentilly la distance est courte. Et le poète chantait :

« Vallon, j’ai bien souvent laissé dans ta prairie
comme une eau murmurante errer ma rêverie
je n’oublierai jamais ces fugitifs instants
ton souvenir sera, dans mon âme attendrie
comme un son triste et doux qu’on écoute longtemps »


Gentilly, l'église et la maison des Foucher.


De ce vallon d’autrefois, caché sous la ville moderne, il n’est plus qu’un pli sensible.  En 1823, Gentilly s’étirait le long des rives de la Bièvre.  La rivière bordée de jardins, coulait entre la vieille église Saint-Saturnin et la maison des Foucher.  Cette maison a été démolie et la rivière voûtée.  De nos jours, rien ne permet de reconnaître l’emplacement de ce qui fut la maison familiale d’Adèle.  Là, où naguère les fiancés s’attardaient, égarés par leurs rêves de bonheur, la mémoire seule nous implore.  Pour les retrouver, il faut pénétrer dans l’église inchangée, qu’ensemble ils fréquentèrent.


Adèle Foucher.

Victor Hugo à l'âge des fiancailles.

Plus loin, sur la crête d’un coteau, s’élève le village de Bièvres. Dix ans ont passé et déjà le joli visage de Juliette Drouet efface le souvenir des fiancés de Gentilly.  Dans un site qui exhale comme un parfum de vallée de la Loire, l’église s’inscrit en caractères pleins :

« C’était une humble église au cintre surbaissé
L’église où nous entrâmes ;
Où depuis trois cents ans avaient déjà passé
Et pleuré bien des âmes… »

Malheureusement, son aspect a bien changé depuis la visite du poète en compagnie de Juliette.  La façade et l’entrée ont été remanié vers 1880 et l’intérieur modernisé.

Entre les villages de Bièvres et de Jouy, durant deux étés, Victor vécut des amours discrètes avec Juliette. 


Juliette Drouet.

« Mon bien aimé Victor, je suis encore toute émue de notre soirée d’hier.  A défaut d’amie et de cœur qui me comprenne, et dans lequel je pourrais verser le trop plein de mon bonheur, je t’écris ceci, qu’hier 3 juillet 1834, à 1 heure et demie du soir, dans l’auberge de l’écu-de-France à Jouy, moi, Juliette, j’ai été la plus heureuse et la plus fière des femmes de ce monde… »

L’auberge de l’Ecu de France est toujours debout. C’est par une de ses fenêtres, que les deux amants, le matin du 4 juillet 1834, virent le soleil s’élever au-dessus des toits.

(Et pendant ce temps, Sainte-Beuve rendait visite à Adèle…)

A Jouy, Victor loua pour Juliette une chambre mansardée dans une ancienne conciergerie.  La maison entourée d’un jardin, était modeste, tout à ras de terre, percée de quatre fenêtres au rez-de-chaussée et de trois petites lucarnes à l’étage.  Une porte s’ouvrait de plain-pied sur le jardin.  Cette maison existe encore.  Une inscription évoque le passage des amants célèbres :

« D’autres sont maintenant passés où nous passâmes
Nous y sommes venus d’autres vont y venir
Et le songe qu’avaient ébauché nos deux âmes.
Ils le continueront sans pouvoir le finir

Car personne ici-bas ne termine et n’achève
Les pires humains sont comme les meilleurs
Nous nous réveillons tous au même endroit du rêve
Tout commence en ce monde et tout finit ailleurs. »

Pendant que Juliette séjournait dans sa mansarde, Victor, quelques kilomètres plus loin, profitait de l’hospitalité de son ami Bertin au château des Roches. 

« Cette nuit dans ma chambre des Roches,
 je tourne les yeux du côté où tu es… »

Chaque jour, à mi-chemin entre les Roches et Jouy, dans le bois de l’Homme-Mort, leurs cœurs confondus, leurs âmes mêlées, les deux amants oubliaient tout.  Complice de cet amour, un vieil arbre servait d’intermédiaire à leur correspondance.  Ce bois est toujours là.
Les promenades dans le parc du château, autour de l’étang, le long des allées sinueuses bordées d’arbres furent pour le poète des Feuilles d’Automne des plus fécondes.  Le château des Roches, remanié, sert à présent de lieu de mémoire consacré au souvenir de Victor Hugo.

En octobre 1837, Victor revint seul à la petite maison de Jouy.  Voyage mélancolique dont naîtra la tristesse d’Olympio.


Victor Hugo.

« Il voulut tout revoir, l’étang près de la source,
Les retraites d’amour au fond des bois perdues,
L’arbre où, dans les baisers, leurs âmes confondues
Avaient tout oublié !

Il chercha le jardin, la maison isolée,
La grille d’où l’œil plonge en une oblique allée
Les vergers en talus.
Pâle, il marchait.  Au bruit de son pas grave et sombre
Il voyait à chaque arbre, hélas ! se dresser l’ombre
Des jours qui ne sont plus. »

Au mois de Septembre 1845, Juliette et Hugo retrouvèrent, enfin ensemble, les lieux où leur amour s’éveilla.  Après un déjeuner à l’auberge du soleil d’or à Bièvres, ils se dirigèrent à pieds vers la maison de Jouy.  Dans le bois de l’Homme-Mort, Juliette plus qu’Hugo, retrouva avec émotion, leurs « chambres de feuillage » et leurs « chapelles d’amour » :

«…J’aurais voulu mettre mes pieds dans tous les sentiers que nous avons parcourus ensemble, il y a douze ans, baiser toutes les feuilles des arbres, cueillir toutes les fleurs des bois, tant il me semblait que c’étaient les mêmes qui nous avaient vus passer ensemble… »

Ils ne retournèrent plus, dans la vallée qui avait vu fleurir une histoire d’amour d’un demi-siècle.  Juliette mourra en 1883  et Victor en 1885.  Ils auront échangé vingt trois mille lettres et laissé autant de souvenirs.

« …un amour qui fut faute et qui devint vertu. »

Aujourd’hui, dans cette vallée inspirée, les pèlerins, à la recherche de ce jadis perdu, rêvent.  Lentement, ils errent dans les pas des amants disparus, respirent avec précaution les mêmes senteurs, regardent respectueusement les mêmes paysages.  Alors, pour peu que l’âme soit assez sensible, ils sentent, tout au fond d’eux, monter le rythme des sons et des paroles d’hier.  Une immortelle musique silencieuse que seul le coeur entend.

J.D.
Juliette Drouet : une débutante à Bruxelles

N.B. : Une question à poser, une remarque à faire, une expérience à raconter sur le contenu de cette page ?   Laissez-moi un mail ou un commentaire.