bienvenue à tous,

Il me revient un vers de Renée Vivien ( ma poétesse favorite ),
« Quelqu’un
Dans l’avenir
Se souviendra
De nous… »
Cette strophe résume aisément le sujet d’ « histoirecenthistoires ».
L’intérêt porté, par nos contemporains, aux vedettes actuelles occulte
bien souvent le souvenir des célébrités d’autrefois.
Tranquillement, peu à peu, le temps et les hommes ont effacé leurs empreintes de nos mémoires.
Retrouver leurs traces, se souvenir d’elles, est la pensée de ce blog.
J’affectionne aller reconnaître les catacombes du passé, où dorment ces héroïnes et ces héros.
J’aime questionner les ruines des lieux où leurs cœurs battirent. Je m’émerveille de voir ces endroits abandonnés, pourtant magiques, se ranimer, au premier accent du rêve, et retrouver tout leur éclat ancien.
Je vous invite à partager avec moi, ces rêves, ces enchantements, par des textes, de la poésie, des images et des récits de voyages.
C’est à une « odyssée » que je vous convie.
Embarquons alors et voguons !
J .D.

jeudi 14 avril 2011

Les fêtes johanniques à Orléans

Le 8 mai prochain, comme chaque année, la ville d’Orléans célèbrera les fêtes johanniques.  Cette grande manifestation populaire prend son origine au XVe siècle.

A cette époque, la France se coupait en deux.
Pour une question de succession, les rois anglais disputaient aux rois français, la couronne de France.  Cette querelle se réglait les armes à la main depuis 1337.
Et voilà qu’en 1420 à Troyes, tout ce monde se réconcilie. Le roi de France Charles VI donne sa fille en mariage au  roi d’Angleterre Henri V.  Les deux souverains conviennent que le premier fils du couple sera à la fois roi d’Angleterre et roi de France.  On ne se fait plus la guerre.  Tout le monde est content.

Tout le monde ?  Quelqu’un a été oublié dans cet arrangement.  Déshérité par ce mariage, Charles, le fils de Charles VI, n’est pas content.  Il va le faire savoir.
A la mort de son père, il se proclame roi de France.  La guerre recommence. 

Les Anglais aidés par les Bourguignons descendent dans la vallée de la Loire. Ils veulent déloger Charles qui s’est réfugié à Chinon.
            Pour y arriver, les Anglais doivent s’emparer d’Orléans, fidèle à Charles.   
Les Anglais mettent le siège devant cette ville en octobre 1428.  En Avril 1429, ils en sont au même point.  La ville tient bon.

Fin avril, Charles envoie un convoi de ravitaillement aux assiégés.
C’est un énorme convoi.  On leur expédie du blé, des armes.  On leur envoie quantité  de veaux, de porcs, de vaches, six cents têtes au total.  Et au milieu de tout cela, chevauche une jeune fille de seize ans, avec un petit nombre de soldats.
 
Cette jeune fille, que le roi envoie à Orléans, a une réputation de sainte.  Elle arrive d’un village du nom de Domrémy.  Elle s’appelle Jeanne.  Elle veut se battre.  Dieu l’envoie chasser les Anglais de France.  Mais le roi Charles ne veut pas d’histoires militaires.  Il a déjà essuyé quelques défaites. Ça lui suffit. Pas d’offensives a dit Charles à ses capitaines.  Jeanne sera présentée comme une envoyée de Dieu.  Elle regonflera le moral des habitants.  Voilà tout !

            Jeanne, à qui on avait fait faire une armure, croit qu’elle va se battre.  Mais en réalité elle est un élément nouveau dans la politique de Charles.  On envoie aux Orléanais du matériel, du ravitaillement, et du moral. Le moral, c’est elle, l’espèce de petite sainte.

Si bien que lorsque Jeanne arrive dans la ville, elle ne décolère pas pendant des jours.  Les chefs militaires lui disent : « Ecoutez Jeanne, vous êtes bien gentille, mais laissez faire les militaires », « mais je suis là pour me battre » et les capitaines, qui ont des ordres du roi lui répondent «  non Jeanne, on ne se bat pas  ».
            Jeanne est vraiment furieuse.  « Vous ne voulez  pas vous battre, eh bien, vous vous battrez quand même ! »
            Et voilà ce qu’elle va faire :
Le roi lui avait donné une petite maison militaire.  Il lui avait donné un intendant, des petits hérauts d’armes, un caissier, et même un chapelain.
Alors dans la nuit du 5 au 6 mai, Jeanne dit à l’un de ses petits hérauts : « Demain matin, au lever du soleil, tu viendras me réveiller.  Tu m’aideras à mettre mon armure.  Après, tu m’apporteras mon cheval. Alors, je sortirai de la ville et j’entraînerai derrière moi tous ces gens qui m’ont acclamé. Avec cette foule qui me fait confiance, j’attaquerai les Anglais.

Mais la ville était bien fermée. Au petit matin, Jeanne a bien réuni tous ces gens.  Des tas de gens, des civils sont venus autour d’elle avec ce qui pouvait comme armes.  Alors Jeanne se dirige vers la porte.  La porte est fermée. Jeanne dit « ouvrez ! », « on ne peut pas, répondent les sentinelles, c’est monsieur de Gaucourt qui a les clefs ».
Raoul de Gaucourt, gouverneur militaire de la ville, entend ce tumulte qui était énorme.  Il vient sur place. Il voit Jeanne et lui dit : « vous ne pouvez pas passer ».  Plus tard, Gaucourt dira « elle m’a appelé mauvais homme ».  Il a peur.  Il dira encore « j’ai eu peur de me faire écharper, elle avait les yeux hors de la tête.  Elle aurait lancé ces gens contre moi ».
            On ouvre les portes.  Jeanne se précipite suivie de ces manants.  Avec ces braves types en civil, elle va attaquer les Anglais.

            Les capitaines ont tout de même peur.  Ils se disent qu’ils ne peuvent pas la laisser se faire massacrer comme ça.  Ils auraient des histoires avec le roi.  Alors, ils vont faire sortir leurs soldats.  Les capitaines vont, de force, devoir aller aider Jeanne.
            Et elle réussit, les Anglais évacuent, sans combattre, une première bastille, celle de Saint-Jean le Blanc.  Ils se réfugient dans une autre bastille, celle des  Augustins, que Jeanne enlève.  Elle va attaquer une troisième bastille, qui était un énorme fort, appelé « les tourelles », qui se trouvait devant le pont d’Orléans.

            Et à ce moment là, les capitaines ne peuvent plus l’abandonner.  Ils ont engagé leurs combattants.  Jeanne va être blessée devant les tourelles.  Elle se bat comme une vraie petite lionne.  Elle grimpe le long des murs. Elle crie.  Elle encourage.  Elle se montre partout où il y a du danger.
            Comment voulez-vous, que les mâles ne fassent pas, ce que fait cette petite femelle.  Elle est blessée, elle reçoit une flèche qui lui entaille l’épaule.  Les capitaines se disent malheureusement, ou plutôt heureusement, elle est hors de combat.  On va pouvoir s’arrêter.
            Pas du tout ! de l’huile et du lard frais sur sa blessure et elle recommence à se battre.  Et on enlève les tourelles aux Anglais.  Les capitaines sont stupéfaits.

Le lendemain, c’est le dimanche 8 mai.  Les Anglais, ou ce qu’il en reste, se forment en bataille. Tout le monde est sur les remparts.  On entend les Anglais faire des commandements que personne ne comprend.  Vont-ils attaquer ?  Pas du tout ! Ils s’en vont !
Il n’a fallut que quarante-huit heures, du 6 au 8 mai, pour que les Anglais se considèrent comme battus.  Cela faisait sept ou huit mois qu’ils faisaient le siège d’Orléans et ce dimanche 8 mai, ils s’en vont.
Tout de même extraordinaire la petite Jeanne !
  
La ville est délivrée.  Jeanne demande alors, que l’on organise une grande procession.  Elle y participe avec les capitaines, les échevins et tout le peuple d’Orléans.


Depuis presque six siècles, les 7 et 8 mai, Orléans perpétue fidèlement le souvenir de cette procession, demandée par Jeanne.  Ce sont les fêtes johanniques.

 
Le 29 avril, dans la soirée, un défilé, partant de la porte de Bourgogne, évoque l’entrée de Jeanne dans la ville.

 
Le 7 mai, à midi, les cloches sonnent à toute volée et une fanfare du haut du vieux beffroi se met à jouer.  Le maire présente alors à la population, l’étendard de Jeanne.  Le soir se déroule la « remise de l’étendard de Jeanne » par le maire à l’évêque sur le parvis de la cathédrale embrasée. 
Le 8 mai, après une messe d’action de grâces, un imposant cortège, composé des corps constitués, en grande tenue, des autorités religieuses, de l’armée, de diverses associations et communautés, se rend sur l’emplacement du fort des tourelles où Jeanne remporta la victoire.  De nombreuses manifestations populaires accompagnent ces cérémonies officielles. Le tout se termine par un grand d’artifice sur les bords de la Loire.  C’est la fête à Orléans !










Orléans n’a jamais oublié cette enfant de seize ans, venue des bords de Meuse, pour la libérer.  Par les fêtes johanniques, cette cité lui rend hommage et lui témoigne sa gratitude depuis 1429.
J.D.
  

dimanche 10 avril 2011

Derrière un portrait, un drame - 3e partie.


On commençait à espérer que Clément VIII pardonnerait.  Rome tout entière était dans l’anxiété.  Quand la nouvelle d’un nouveau crime parvint au Pape.

Pour une question d’héritage, la marquise de Santa-Croce venait d’être poignardée par son fils.  Clément VIII se rappela alors le fratricide des Massimi.  Cette répétition d’assassinats commis sur des parents, obligea Clément VIII, malgré lui, à sévir. 
Dès lors, Il ne crut plus pouvoir pardonner.
  
Le  vendredi, 10 septembre 1599, à quatre heures de l’après-midi, il appela le gouverneur de Rome.  Il lui remit l’affaire des Cenci, pour que justice soit faite sans retard.
Pendant toute la nuit, les seigneurs romains affluèrent au palais du Pape et aux palais des cardinaux. Ils voulaient obtenir que les deux femmes fussent exécutées à l’intérieur de la prison et non sur la place publique.  Que l’on fit aussi grâce au jeune Bernardo, qui n’avait que quinze ans et qui était innocent. 
Le cardinal Sforza et d’autres cardinaux tentèrent en vain de convaincre Clément VIII.
Le crime de Santa-Croce l’était pour l’argent, celui de Beatrix pour sauver l’honneur.
L’avocat Farinacci intervint.  Il parvint jusqu’au Pape, et lui arracha, in extremis, la grâce de Bernardo.
Il était quatre heures du matin, ce samedi 11 septembre. 

Deux heures plus tard, on réveilla, dans leur prison, les malheureuses.  On leur annonça  la terrible nouvelle.  
Les forces avaient abandonné Beatrix. Perdue, elle jetait des cris aigus et incessants. Beatrix cédait au plus affreux désespoir.  « Comment, s’écriait-elle, est-il possible qu’ainsi à l’imprévu je doive si vite mourir ? ».

Lucrèce Petroni, sa belle-mère, ne disait rien.  Elle priait à genoux.  Elle encouragea sa fille à l’accompagner dans la chapelle.  Elles devaient se préparer, toutes deux,  à cet ultime passage qui va de la vie à la mort.  Ces paroles rendirent toute sa sérénité à Beatrix.
Elle fit son testament.  A huit heures, elles se confessèrent, entendirent la messe, et communièrent.

Beatrix considéra qu’il était inconvenant de paraître sur l’échafaud avec de beaux vêtements. Elle demanda deux robes, comme celles des religieuses, sans ornements. Celle de Lucrèce était noire, couleur des veuves,  celle de Beatrix, bleue.

On avait dressé  sur la place du Pont de Saint-Ange, un grand échafaud avec une mannaia, une machine à décapiter, ancêtre de la guillotine.

A huit heures du matin, on vint chercher les deux frères.  Giacomo sortit, suivi de Bernardo. Les deux avaient les mains liées.  Les yeux de Bernardo étaient aveuglés par une planchette.  Trop jeune encore, on avait jugé devoir lui cacher la vue de l’échafaud. 

La foule était énorme.  Tous regardaient les deux Cenci.
Au même moment, le procureur de Rome s’avança.  Il annonça à Bernardo que par faveur papale, il était gracié.  Cette grâce l’obligeait, toutefois, d’accompagner sa famille sur l’échafaud et d’assister aux exécutions.  On lui enleva l’écran qui masquait ses yeux. Le bourreau vérifia la signature de la grâce.  Libéré de ses liens, il prit place dans la charrette aux côtés de son frère.  
La foule immense, qui était dans la rue, aux fenêtres et sur les toits, s’émut tout à coup.  On commençait à dire que cet enfant était gracié
Sur la charrette, le bourreau avait ôté l’habit de Giacomo pour le tenailler à rouge, pendant la route.
            Les chants des psaumes commencèrent. La procession s’achemina lentement vers la prison de Corte Savella.  Arrivée à la porte de la prison, le cortège solennel s’arrêta.  Les deux femmes, la tête couverte d’un grand voile, le haut des bras liés au corps, sortirent. 

Elles firent leur dévotion aux pieds du saint crucifix. Ensuite Lucrèce et Beatrix prirent place dans les derniers rangs de la procession.  Elles marchaient l’une après l’autre. Les deux mains libres, les infortunées tenaient un crucifix. 

Dès qu’on apercevait Beatrix, les larmes venaient dans tous les yeux.

            Lucrèce pleurait presque sans arrêt.   Beatrix qui avait retrouvé son courage se mettait à genoux devant chaque église qu’elle voyait.  Alors, elle prononçait d’une voix ferme : Adoramus te, Christe !

La procession eut des difficultés à traverser le bas de la place du pont Saint-Ange, tant elle était encombrée.  On conduisit aussitôt les femmes dans la chapelle qui avait été préparée.

            On entraîna le jeune Bernardo tout droit à l’échafaud.  Il eut une telle peur, qu’il s’évanouit. Revenu à lui, on le plaça, assis, vis-à-vis de l’engin de mort.

            Le bourreau alla chercher Lucrèce.  Ses mains étaient liées derrière le dos.  Elle parut sur la place accompagnée par le saint crucifix, la tête toujours recouverte  d’un grand voile de taffetas noir. Au pied de l’échafaud, on lui dit de laisser ses chaussons sur le pavé.  Comme elle était très corpulente, elle eut quelque peine à monter les marches.   Sur l’échafaud, on lui ôta le voile qui la protégeait. Elle se sentit extrêmement gênée.  La multitude découvrait ses épaules et sa poitrine nue.  Elle se regarda,  regarda la mannaia et pleura doucement. 
Ne sachant que faire, elle demanda comment elle devait se comporter.  On lui répondit de se placer à cheval sur la planche, face à l’instrument.  Ce mouvement lui parut offensant pour sa pudeur. Elle mit beaucoup de temps à le faire.  Sa forte poitrine , l’empêcha de poser correctement le cou dans l’appareil.  Un aide ajouta une pièce de bois pour rehausser l’ensemble.  Pendant ce temps, la pauvre femme attendait.  Elle souffrait plus de honte que de la crainte de la mort.  La pièce enfin ajustée, le bourreau lâcha le couperet.  Le bourreau montra sa tête au peuple. Il l’enveloppa dans le voile qu’elle portait en montant au supplice.

            Pendant qu’on mettait la mannaia en ordre pour la jeune fille, un échafaudage lourdement chargé de monde, s’écroula. Beaucoup furent tués.  Ils parurent ainsi devant Dieu, avant Beatrix.

            Quand Beatrix vit le saint crucifix revenir vers la chapelle pour la prendre, elle demanda si Madame sa mère était-elle bien morte ?
On lui répondit que oui. 
Elle se jeta à genoux devant le crucifix et, pria avec ferveur pour son âme.  Ensuite elle s’entretint à voix haute avec la sainte croix. Elle récita encore plusieurs psaumes et oraisons. 
            Quand le bourreau parut devant elle avec une corde, elle dit :
« lie ce corps qui doit être châtié, et délie cette âme qui doit arriver à l’immortalité ».
Alors elle se leva, fit la prière, laissa ses mules au bas de l’escalier.
Montée sur l’échafaud, elle passa rapidement la jambe sur la planche, se pencha et posa le cou dans la mannaia.
Par la rapidité de ses mouvements, elle évita, qu’au moment où son voile lui fut ôté, que le public  ne vit ses épaules et sa poitrine.
           
Le coup mit longtemps à être donné, car il survint un incident.

            Clément VIII savait Beatrix injustement condamnée. Il était inquiet pour l’âme de la jeune fille.  Il avait demandé que l’on tira un coup de canon du fort Saint-Ange dès que Beatrix eut la tête placée dans la machine. Prévenu de cette manière, il donna aussitôt à la jeune fille l’absolution papale «  in articulo mortis ».

Et, pendant que le pape s’occupait de l’ âme de la malheureuse, Beatrix attendait le cou posé sur le bois de justice.  Elle invoquait à haute voix, les noms de Jésus-Christ et de la Vierge. 

Quand le bourreau crut l’absolution donnée, la lourde lame d’acier tomba.
Tandis que la tête bondissait d’un côté, le corps fit un grand mouvement vers l’arrière.  Le bourreau ramassa la tête et la montra au peuple.

Le pauvre Bernardo s’évanouit à nouveau.  Ranimé, parut alors Giacomo.  On vit sur son corps ensanglanté, les morsures des tenailles rougies au feu.  Mis à genoux.  Les jambes attachées à une traverse.  Les yeux bandés.  Son crâne fut défoncé d’un coup de masse.  Il mourut ainsi.
  Les sentences exécutées, on ramena Bernardo en prison, plus mort que vif.

On déposa les corps des deux femmes dans deux cercueils exposés à quelques pas de l’échafaud, à l’entrée du pont Saint-Ange auprès de la statue de Saint Paul.  Elles restèrent là, jusqu’à quatre heures de l’après-midi. Autour de chaque cercueil brûlaient quatre cierges de cire blanche.

A neuf heures du soir, l’heure réservée à Rome aux obsèques des princes,  le corps de Beatrix, lavé, recouvert de ses habits et couronné de fleurs, fut porté à l’église de Saint Pierre in Montorio.  Son visage offrait une bouleversante beauté.  On eut dit qu’elle dormait.  Il semblait même qu’elle souriait, comme lorsqu’elle était encore en vie.
           
Beatrix fut inhumée devant le grand autel de cette église. A quelques pas de l’endroit où Saint Pierre fut crucifié.  Elle était accompagnée de cinquante gros cierges allumés et de tous les religieux franciscains de Rome.
J.D.


"ORATE"

vendredi 8 avril 2011

Les deux goélands


Le poète Edouard Grenier est né en France, en 1819, à Baume-les-dames.  Par goût des voyages, il entre dans la diplomatie.   
Il quitte cette carrière, après le coup d’Etat du 2 décembre 1851.  Edouard refuse de servir Napoléon III.  Il a d’autres valeurs.
L’ex-diplomate quitte alors, la France.  Il visite l’Allemagne, l’Autriche, la Turquie. 
Cultivé, parlant plusieurs langues, il devient précepteur du prince de Roumanie. 
Son goût pour les lettres et la poésie se développe à ce moment-là.
Les années passent.  Nostalgique, il rentre en France. 
La guerre de 1870, la mort de sa mère et de son frère, le peintre Jules Grenier, l’affecte considérablement.  Vivant à Paris, l’hiver, à Baume, l’été. Edouard Grenier  décède en 1901.


LES DEUX GOELANDS (poèmes épars : sonnets)

Je vois chaque matin, au lever de l’aurore,
Deux goélands jumeaux, qui planent dans les cieux,
Décrivant au-dessus de la vague sonore
La courbe de leur vol calme et silencieux.

Lentement dans l’éther que la lumière dore,
Ils glissent d’un essor pareil, insoucieux
Des ces pauvres humains qui s’éveillent encore
Pour reprendre leur joug et tirer leurs essieux.

Mais eux, montant toujours plus haut dans la lumière,
Ils ont su conserver la liberté première,
Ils n’ont d’autres soucis que d’ouvrir l’aile au aux vents ;

Leur solitude à deux est limpide et profonde ;
Ils s’aiment en planant loin des bruits de ce monde…
Comme je vous envie, ô pâles elkovans !

Edouard Grenier.

jeudi 7 avril 2011

Derrière un portrait, un drame. (2e partie)


Monsignor Guerra allait souvent au palais Cenci.  Cet homme d’église, beau,  gracieux dans ses gestes et ses paroles,  était amoureux de Beatrix.  On racontait qu’il avait le projet de quitter le manteau ecclésiastique pour épouser la jeune fille.
Quand le maître de maison était absent, il rendait visite à Beatrix et à Lucrèce.  Il les écoutait décrire les traitements impensables qu’elles subissaient.
Beatrix osa lui parler du projet qu’elles avaient arrêté.  Faire tuer leur persécuteur.  Guerra accepta d’y prendre part, par amour sans doute.  Mais il fallait encore, l’accord du frère aîné, Giacomo.  Il se chargea de le convaincre.  Largement maltraité par son père, Giacomo consentit facilement. 
Loin des oreilles indiscrètes, les réunions pour préparer cet assassinat se tinrent chez Guerra.  On trouva deux individus pour organiser l’affaire. L’un s’appelait Marzio, l’autre Olympio.  Tous deux haïssaient Cenci.

Pour éviter le mauvais air de Rome, il signor Cenci passait les étés dans sa forteresse de la Petrella, dans le latium.
Mal organisé, un premier attentat, sur la route de la forteresse, échoua.  Notre sursitaire, sans se douter qu’il venait d’échapper à la mort, arriva sans accident dans cette demeure.

Les horreurs contre les deux femmes, reprirent de plus belle.
Poussée à bout, par les actes horribles qu’elle devait supporter, Beatrix appela Marzio et Olympio.  Elle leur demanda de se charger eux-mêmes de mettre à mort son père.  Ils acceptèrent en échange une rétribution importante.

Le 9 septembre 1598, dans la soirée, habilement, l’épouse et la fille donnèrent de l’opium à leur bourreau.  Le septuagénaire tomba dans un sommeil lointain.
Vers minuit, Beatrix introduisit dans la forteresse, Marzio et Olympio. Les deux femmes les conduisirent dans la chambre du maître.  Il dormait profondément. Ils restèrent seuls. Beatrix et Lucrèce attendaient dans une chambre voisine. 
Tout à coup, elles virent revenir les deux hommes. Leurs visages étaient blêmes.  Ils n’avaient pas osé tuer le vieux dépravé. La pitié les empêchait d’agir.  Beatrix, indignée, s’emporta.  S’ils n’avaient pas le courage de tuer un homme qui dormait, ils en auraient encore moins si cet homme était réveillé !  Puisque leur  lâcheté le voulait, elle tuerait elle-même son père.
Entraînés par ces paroles foudroyantes, craignant pour leur argent, les deux  assassins rentrèrent dans la chambre, suivis par Beatrix et Lucrèce.
L’assassinat sera terrible de précision et de rapidité.
L’un des deux assassins, posa un grand clou sur un œil du vieillard anesthésié.  L’autre fit entrer ce clou d’un coup de marteau.  Un autre grand clou fut enfoncé dans la gorge.  Le corps se débattit, mais en vain. Le monstre avait cessé de vivre.
L’épouvantable chose faite, Beatrix donna à Olympio une grosse bourse et un manteau de drap garni d’un galon d’or à Marzio.  Après quoi, elle les renvoya.

Les deux femmes restées seules, commencèrent par retirer les clous enfoncés dans l’œil et dans le cou du cadavre. Le corps, enveloppé dans un drap de lit, fut traîné, dans les couloirs, par les deux femmes. D’une galerie qui donnait sur un petit jardin abandonné, elles balancèrent le corps sur un grand arbre qui croissait là.  Elles espéraient que lorsque l’on trouverait le corps, on supposerait que le signor Cenci avait glissé et qu’il était tombé. 

Cela arriva comme elles l’avaient prévu.  On trouva le cadavre.  Un grand tumulte s’éleva dans la forteresse, Lucrèce et Beatrix jetèrent de grands cris et pleurèrent la mort si malheureuse d’un époux et d’un père.

Si Beatrix avait du courage, elle n’avait pas de prudence.  Elle donna à une blanchisseuse du château, le drap ensanglanté du crime.  Elle lui dit de ne pas s’étonner d’une telle quantité de sang, parce qu’elle avait, toute la nuit, souffert d’une grande perte.


On donna une sépulture honorable au défunt, et les femmes revinrent à Rome jouir de cette tranquillité qu’elles avaient tant désirée.  Elles se croyaient heureuses.

Mais la justice eut des doutes.  Elle envoya un commissaire pour enquêter.
Ce commissaire fit arrêter tout ce qui habitait dans la forteresse. Rien ne parut suspect dans les dépositions.  Sauf que la blanchisseuse dit avoir reçu de Beatrix, un drap abondamment taché de sang.  On lui demanda si Beatrix avait expliqué l’origine de ces taches.  La blanchisseuse répondit que Beatrix avait parlé d’une indisposition naturelle.  Le juge lui demanda encore si des taches d’une telle grandeur pouvaient provenir d’une  indisposition féminine, elle répondit que non.
Le juge envoya, immédiatement, ce renseignement à la justice de Rome.  Des mois passèrent, avant que l’on songea à faire interroger les Cenci.

Monsignor Guerra, alerté du danger, dépêcha des truands pour tuer Olympio et Marzio.  Olympio fut tué.  Marzio fut arrêté par la justice.  Il avoua tout.
Sa déposition accusatrice fut aussitôt envoyée à Rome.  On arrêta Giacomo, son frère Bernardo, Beatrix et Lucrèce. 
Marzio fut conduit à Rome.  On le confronta aux deux femmes qui nièrent.  Beatrix ne voulut reconnaître le manteau galonné qu’elle lui avait donné. Celui-ci, devant Beatrix, peut-être par amour, nia tout ce qu’il avait avoué.  Mis à la torture, il n’avoua plus rien.  Il mourut dans les supplices.
Après sa mort, la preuve n’était pas établie.  Les juges ne trouvèrent pas nécessaire de faire torturer les quatre inculpés.  On les enferma au château Saint-Ange.
Tout semblait terminé.  Personne ne doutait dans Rome de la libération prochaine des accusés.  Lorsque, par malchance, la justice arrêta le truand qui avait tué Olympio.  Le scélérat avoua tout.

Monsignor Guerra, compromis par cet aveu, fut cité à comparaître. La prison était certaine et la mort probable.  Il devait fuir Rome.  Très connu, notre homme  parvint cependant, à s’échapper d’une façon fort rocambolesque.  Il abandonnait Beatrix.

La confession de l’assassin d’Olympio, la fuite de monsignor Guerra, ranimèrent les soupçons contre les Cenci.  Du château Saint-Ange on les ramena à la prison Savella.
Les deux frères mis à la torture, avouèrent.  Lucrèce avoua aussi.  Mais il n’en fut pas de même pour Beatrix.
 Ni les bonnes paroles, ni les menaces du juge Moscati n’y firent.  Elle supporta la torture « de la corde » avec  courage.  Jamais Moscati ne put la conduire à une réponse qui put la compromettre.  Bien plus, par la vivacité de son esprit, elle le mata à plusieurs reprises.  Il fut tellement étonné des façons d’agir de Beatrix, qu’il fit un rapport au pape Clément VIII.
Le Pape voulut voir les pièces du procès.  Craignant que Moscati , impressionné, ne ménagea Beatrix.  Le Pape lui ôta la direction de ce procès, et la donna à un autre juge, plus impitoyable.
Cette brute, ce primitif, tortura sans pitié Beatrix, notamment  « ad torturam capillorum » , en la suspendant par les cheveux.  Pendant qu’elle était attachée à la corde, ce second juge fit paraître devant Beatrix, sa belle-mère et ses frères.  Ils lui crièrent que le crime étant commis, il fallait se repentir, et ne pas se laisser briser le corps dans une vaine obstination.  Elle répondit qu’ils voulaient se couvrir de honte et mourir humiliés, qu’ils se trompaient grandement, mais puisqu’ils le voulaient, qu’il en était ainsi.
On la détacha.  Elle demanda qu’on lui lut l’interrogatoire de sa mère.  Elle approuva ce qui devait être approuvé et nia ce qui devait être nié.
Ainsi fut fait.

Le Pape, ayant vu l’acte contenant les aveux de tous, ordonna sans délai qu’ils fussent mis à mort.  Rome entière frémit de cette décision.  Des cardinaux, des princes allèrent demander, à genoux, au Pape que les malheureux puissent présenter leur défense. Le Saint-Père accorda une remise de vingt-cinq jours.  Aussitôt les meilleurs avocats de Rome se mirent à écrire un plaidoyer.  Le vingt-cinquième jour, ils parurent tous ensemble devant Sa Sainteté.
Nicolo de Angelis parla le premier.  Clément VIII, l’interrompit.  Il s’écria que dans Rome, on trouvait des hommes qui tuent leur père, et des avocats pour les défendre.  
Silence dans la salle, tous étaient devenus muets.
L’avocat Farinacci, seul, osa élever la voix et, dit au souverain Pontife, qu’ils n’étaient pas là pour défendre le crime, mais pour prouver, s’ils le pouvaient, qu’un ou plusieurs de ces malheureux étaient innocents du crime commis.
Le Pape, lui fit signe de parler.  Il parla pendant trois heures. Quand l’avocat eut terminé, le Saint-Père prit les plaidoyers et tous se retirèrent. 
Clément VIII passa toute la nuit à lire les justifications.  Il parut si touché, que plusieurs conçurent quelque espoir pour la vie de ces malheureux. 
On mit les accusés au secret.  Ce qui donna de grandes espérances.
Les Romains ne voyaient dans cette histoire, que Beatrix.  On ne pouvait, en véritable justice, lui imputer les crimes d’un monstre.  On la punirait parce qu’elle avait usé du droit de se défendre.  Qu’eût-on fait si elle avait consenti à ces abominations ? Fallait-il que la justice humaine vint augmenter l’infortune de Beatrix ?  Après une vie si malheureuse n’avait-elle pas droit enfin au bonheur ?  Chacun dans Rome semblait chargé de sa défense.
            On commençait à espérer…
J.D.
(A suivre)
             
Clément VIII.

lundi 4 avril 2011

Derrière un portrait, un drame.

Il est en peinture, des portraits qui cachent des drames.  Des histoires effrayantes que le public ne connaît pas toujours.  Le  portrait de Beatrix Cenci appartient à cette catégorie.

L’année 1599.

A Rome, ce vendredi 10 septembre, le peintre Guido Reni, fait le portrait d’une jeune fille. Elle a seize ans.  Elle s’appelle Beatrix, cheveux  blonds, visage  doux et beau, regard tendre.  Ses grands yeux donnent l’impression d’avoir pleuré.
C’est devant une enfant désespérée, mais forte, que se trouve notre peintre.
Demain, samedi, elle ne sera plus.
Elle vient d’être condamnée à mort.  Mais pour les Romains, quoique coupable, elle est innocente.

            L’histoire de la malheureuse Beatrix, je vais tenter de vous la raconter.

Commençons.

Son père, François Cenci est né à Rome en 1527.  De  taille moyenne, il est maigre, avec de grands yeux expressifs, aux paupières tombantes.  Il a un grand nez allongé, des lèvres minces et, un sourire qui devient terrible, lorsqu’il fixe le regard sur ces adversaires.  Pour peu qu’on l’irrite, il tremble considérablement.
Il voyage toujours seul, sans prévenir personne. 
On n’est jamais trop prudent dans cette Italie de la Renaissance. 
Selon les circonstances, quand son cheval tombe de fatigue, , il en achète ou en vole un autre.  Pour peu, que le propriétaire du canasson, lui fasse quelque difficulté, il n’hésite pas à lui donner un coup de poignard. Notre François Cenci est un violent.
Comme personne n’est assez courageux pour lui résister, son grand plaisir est de provoquer ses ennemis.  Si un imprudent, malgré tout, se risque à l’offenser, il envoie, quelques temps après, l’un de ses tueurs pour l’expédier « ad patres ». 
Sous le Pape Grégoire XIII, tout était permis à Rome.  Celui qui voulait,  faisait poignarder son ennemi.  La justice ne le poursuivait pas, pour peu qu’il se conduisit comme un bon père de famille.  Autres temps, autres mœurs.
Notre François Cenci ne s’intéresse aux autres que pour leur marquer sa supériorité.  Il se sert des gens qu’il achète, les autres il les déteste.  Il lui faut avant tout, des plaisirs qui soient des dominations, et qui puissent être vus par tous. 
Il Signor François aime montrer et se montrer.
Ce diable d’homme jouit d’une grande fortune et de la confiance du Pape. Avec ça, il n’a rien à craindre, ou presque rien.

  On commença à parler de lui, à Rome, en raison de certains amours singuliers. On murmurait qu’il était avide de bizarreries qui lui donnaient des sensations nouvelles et inquiétantes.  Sensations que n’aurait pas renié le Tibère de Capri.
 Pendant le règne de Grégoire XIII on jasa encore plus sur François Cenci.  Il avait épousé une jeune femme riche, qui mourut après lui avoir donné sept enfants. Après sa mort, il épousa en seconde noces, la Signora Lucrèce Petroni, une belle femme aux formes arrondies.
Emprisonné trois fois, pour ses amours infâmes, le moindre de ses vices.  Le citoyen Cenci s’en tira parfaitement.  Il paya très cher, les personnes en faveur auprès du Pape, pour le faire libérer.

Il fit bâtir dans la cour de son palais, une chapelle.  Ce ne fut pas, par religion ou par repentance.  Ce triste personnage ne croyait pas en Dieu. Il la fit édifier, avec le désir singulier d’avoir sous ses yeux les tombeaux de ses enfants qu’il haïssait sans raison apparente.  « C’est là que je veux les mettre tous »

Peu après, Il envoya, en Espagne,  ses trois fils aînés, étudier à l’université de Salamanque.  Une fois qu’il y furent, il prit un malin plaisir de les laisser sans un sou.  Les malheureux jeunes gens  furent obligés d’abandonner leurs études et de revenir à Rome, en mendiant. 
A Rome, ils trouvèrent un père plus autoritaire, plus insensible, plus avare que jamais.  Malgré sa richesse, il prétendit ne plus subvenir à leurs besoins.  Ces malheureux furent forcés d’avoir recours au pape qui obligea François Cenci à leur verser une rente.  Avec cette médiocre pension, ils se séparèrent de lui.

Enragé, le père Cenci maudissait ses fils à chaque instant. Pour se venger, l’indigne accablait de coups de bâton ses deux pauvres filles.  La plus âgée parvint à faire présenter une supplique au pape. Elle conjurait sa sainteté de la marier ou de la placer dans un monastère.  Clément VIII, on avait changé de Pape entre temps, eut pitié et la maria.

A ce nouveau coup imprévu, François Cenci montra une extrême colère, et pour empêcher Beatrix de suivre l’exemple de sa sœur, il la séquestra.  Elle avait à peine quatorze ans.  Déjà belle, Beatrix avait une gaieté, une candeur et de l'humour.  Personne n’eut la permission de la voir.  Son père lui portait lui-même ses repas.
Pour pouvoir persécuter sa fille, il lui parlait souvent de la perfidie de ses frères et de sa sœur aînée, et, la colère montant en lui, il finissait par battre l’enfant qui n’était responsable de rien.

Sur ces entrefaites, deux de ses fils furent tués.  Il en fut content.  A cette occasion, il montra toute sa haine pour ses enfants.  Il ne dépensa rien, ou presque, pour leurs funérailles.  Il déclara qu’il ne serait heureux que lorsque tous ses enfants seraient enterrés et qu’il incendierait son palais pour fêter cela. Ces propos scandalisèrent le peuple de Rome.

Toutes ces excès, bientôt, ne lui suffirent plus.  Il lui fallait plus, aller plus loin encore dans la monstruosité.  Sa femme et sa malheureuse fille furent alors, les victimes de ses idées infâmes. Un véritable calvaire les attendait.
François eut la pensée la plus abominable qu’un père puisse avoir pour son enfant. 
Beatrix était déjà grande et belle.  Il voulut la forcer.
Il usa de menaces et de violences pour la déshonorer.  Sans aucun respect pour elle, il se plaça dans son lit.  Après, il se promena , complètement dévêtu , avec elle, dans les grandes salles de son palais. Ensuite, il l’entraîna dans le lit de sa femme. 
Il obligea la pauvre Lucrèce à regarder les outrages qu’il faisait subir à Beatrix.
Ce monstre lui raconta que lorsqu’un père connaît sa propre  fille, les enfants qui naissent sont nécessairement des Saints, et que tous les grands Saints de l’église sont nés de cette façon.
Visiblement, cet blasphémateur ne craignait pas l’inquisition.  D’autres avaient été brûlé, seulement pour un juron.
Lorsque Beatrix  le repoussait, il la frappait avec rage. N’en pouvant plus, elle suivit l’exemple de sa sœur.  Elle adressa au Pape, une prière, qui s’égara...

François Cenci, informé de cette tentative, redoubla de violence envers les deux malheureuses.  Leur vie devint insupportable, leurs souffrances intraduisibles.  Elles ne pouvaient plus compter sur la justice du Pape. Désespérées, elles prirent,  une décision terrible qui allait engager leur destin et celui de François Cenci.

(à suivre)

Beatrix Cenci.
(Des yeux qui ont pleuré.)