bienvenue à tous,

Il me revient un vers de Renée Vivien ( ma poétesse favorite ),
« Quelqu’un
Dans l’avenir
Se souviendra
De nous… »
Cette strophe résume aisément le sujet d’ « histoirecenthistoires ».
L’intérêt porté, par nos contemporains, aux vedettes actuelles occulte
bien souvent le souvenir des célébrités d’autrefois.
Tranquillement, peu à peu, le temps et les hommes ont effacé leurs empreintes de nos mémoires.
Retrouver leurs traces, se souvenir d’elles, est la pensée de ce blog.
J’affectionne aller reconnaître les catacombes du passé, où dorment ces héroïnes et ces héros.
J’aime questionner les ruines des lieux où leurs cœurs battirent. Je m’émerveille de voir ces endroits abandonnés, pourtant magiques, se ranimer, au premier accent du rêve, et retrouver tout leur éclat ancien.
Je vous invite à partager avec moi, ces rêves, ces enchantements, par des textes, de la poésie, des images et des récits de voyages.
C’est à une « odyssée » que je vous convie.
Embarquons alors et voguons !
J .D.

mercredi 21 mars 2012

La chute d'Icare de Pierre Breughel l'ancien (Bruegel)


« La chute d’Icare » de Pierre Breughel l’ancien est une œuvre qui pose de nombreuses questions. Conçu par ce grand maître flamand, le sujet n’est ni daté, ni signé. Seul sujet mythologique connu de Breughel, la toile apparaît seulement, en 1912. Des défauts d’exécution laissent penser à une œuvre de jeunesse, mais la force du contenu milite en faveur d’une œuvre de maturité.


L’étude de la toile ne fournit aucun indice qui puisse la situer. Les manipulations subies au fil des siècles - déchirée et repeinte en plusieurs endroits - rendent illisibles l’écriture du peintre. Quant aux radiographies, elles ne révèlent rien. Ses qualités artisanales, son parcours inconnu empêchent de déterminer sa place dans la vie de Breughel. Le secret se trouve bien gardé. En l’absence de certitudes, certains historiens doutèrent de l’authenticité du tableau. Et la situation va encore se compliquer. En 1935, une autre version de l’œuvre apparaît. Une composition plus petite, plus conformiste, moins harmonieuse, peinte sur bois, ornée, cette fois-ci, d’une figure de Dédale. Les opinions divergèrent et trouvèrent un nouveau sujet de discussion. On émit l’idée de copies d’un original perdu.

Peu de chefs-d’œuvre éveillent autant d’interrogations. Selon que l’on s’attarde à des éléments précis ou que l’on s’attache au sens de l’image, les opinions varient. Cette chute d’Icare incarne le XVIe siècle flamand où se mêlent les divers courants de l’époque, tant en drames qu’en découvertes.

En ce temps-là, en Flandre, le règne de Charles-Quint s’achevait. L’empereur devait abdiquer en 1555 et laisser le trône à son fils Philippe II. Le siècle avait été glorieux pour le Habsbourg. Charles-Quint dominait François Ier à Pavie, comme il soumettait les princes allemands réformés à Mühlberg. Il devait cependant s’incliner devant Henri II, consentir un peu plus tard, à la paix d’Augsbourg et à la liberté de culte en Allemagne. Luther, Calvin inquiétaient l’Eglise catholique. La compagnie de Jésus, créée en 1536, préparait la contre-Réforme. Les guerres de religions éclaboussaient de sang le monde occidental. Par des placards, l’autorité dans les Pays-Bas imposait des mesures de répressions contre les libertés de conscience et d’expression. Au cardinal de Granvelle, érudit et collectionneur, devait bientôt succéder en 1567, le duc d’Albe et son tribunal du sang.
Cependant le commerce florissait. Jamais Anvers n’avait connu une pareille splendeur. L’avarice, la richesse, le besoin de lucre, illustrés par Breughel n’écartaient cependant pas les disparités sociales. La misère, la famine, les épidémies étaient le lot du plus grand nombre, et si les kermesses battaient leur plein, ce n’était que pour mieux profiter du jour qui passe, dans l’inconnu du lendemain.
Ces problèmes politiques, religieux et sociaux touchaient chacun. Nul n’y échappait. La sensibilité et l’observation aiguë de Breughel se voyaient sollicitées par ces scènes quotidiennes.
Il paraît cependant faux de trouver dans l’œuvre du peintre autre chose que la conscience du temps présent et de la condition humaine.
Ce temps est aussi celui d’Erasme et de Rabelais, mais aussi celui de Vésale et de Mercator. Titien règne sur Venise, Michel-Ange est absorbé par son chantier de Saint-Pierre à Rome et l’école de Fontainebleau connaît son apogée en France. C’est aussi l’âge de la conquête du Pérou, de la chirurgie d’Ambroise Paré, des publications de Copernic et des prédictions de Nostradamus. Ronsard et sa brigade remettent les Antiques à l’honneur.

Les métamorphoses du poète latin Ovide (où figure l’épisode de la chute d’Icare) connurent à la Renaissance un regain d’intérêt. Dédale, habile architecte, après avoir conçu le célèbre labyrinthe fut retenu avec son fils Icare prisonnier en Crête. Pour s’évader, ils avaient, de plumes et de cire, confectionné des ailes. La liberté semblait acquise, mais orgueil ou ivresse, Icare voulut tenter l’impossible, se rapprocher du soleil. Ce fut la chute. La chaleur du soleil fit fondre la cire et la mer engloutit le corps de l’imprudent.

Tobias Verhaecht

Illustrant le sujet, les artistes de l’époque, Hans Bol, Joos de Momper ou Tobias Verhaecht, parmi d’autres, mirent l’accent sur l’anecdote.
Breughel, s’il reprend à Ovide le thème d’Icare, s’il s’inspire de divers détails évoqués dans le récit, le pêcheur, le berger ou le laboureur, il peint une scène bien différente, il peint un paysage avec la chute d’Icare. La nuance est d’importance. L’histoire et le héros mythologique ne sont plus qu’un détail chez Breughel. Les éléments qu’évoquent Ovide sont interprétés, adaptés, redistribués. Breughel ne retient de l’épisode de la chute que le drame consommé : Icare ne tombe pas, il est tombé. Un homme se noie. Dans un coin du tableau, deux jambes s’agitent dans un dernier soubresaut. Par contre, les personnages du tableau - des petites gens, des anonymes - sont mis en évidence. Ils ne font plus de la figuration, comme chez Ovide, ils sont devenus acteurs. Breughel les met en scène. Chacun joue son rôle. Cette nouvelle répartition des fonctions renforce l’énigme de l’œuvre.
Quel est le sens exact de la chute d’Icare selon Breughel ? Pourquoi l’absence de Dédale ? Et tout à fait surprenante cette place du soleil.

A première vue le tableau est du genre rustique, une scène campagnarde, un laboureur, un cheval et une charrue tracent le sillon. Autour, immuable, le monde concerné uniquement par les lois de la nature et les occupations quotidiennes des hommes. L’échec de celui qui se voulait l’égal d’un dieu ou d’un oiseau, qui voulait échapper à sa condition, passe ici presque inaperçu.


La symbolique du tableau ? S’agit-il d’une morale selon laquelle toute entreprise humaine ne trouble pas l’ordre des choses ? S’agit-il d’une leçon d’optimisme devant la permanence de la nature ou d’une vision pessimiste qui voudrait que tout effort fût vain ? Faut-il y voir un message humaniste sur l’homme et de son destin ou l’illustration d’un monde renversé et de la folie humaine ? Une pensée moralisante ? - Questions sans réponses - Séduisante, une lecture ésotérique de ce paysage apparaît aussi quant on sait que Breughel a laissé une gravure évoquant l’Alchimiste. Nul doute que l’on peut encore donner une interprétation psychanalytique à l’œuvre : Icare image de la révolte contre le père.

Riche en découvertes et en échos nombreux, ceux-ci ne se taisent pas lorsqu’on parcourt l’œuvre. L’esprit breughelien reste ouvert aux divers aspects de la vie, à la moralité dans les proverbes, à la réalité dans les scènes rustiques, au fantastique dans le rêve, au symbolique dans l’exemple. Tout dans l’oeuvre s’entremêle et interpelle. L’image réaliste du paysan qui guide sa charrue, évoque le proverbe germanique selon lequel aucune charrue ne s’arrête pas pour un homme qui meurt. Bien placé en évidence, un coutelas et une bourse. Quoi de plus banal que ces objets appartenant sans doute au paysan et déposés là pour qu’ils ne l’encombrent pas pendant son travail. Objets présents, existants par eux-mêmes, ayant leur identité propre, mais qui ont peut-être aussi un sens imagé. Il en est de même du sac posé contre le rocher. Tous ces éléments peuvent alors, selon l’interprétation choisie, se retourner contre Icare et sa folle ambition. Et si la charrue évite la mort, il y a écho dans le bateau qui évite l’écueil. Tout se rejoint, tout reste lié. Tout se continue dans le déroulement du caractère cyclique de la nature, auquel l’homme, par son action, participe et qu’il convertit à son rythme. Cette notion est d’autant plus importante ici, qu’Icare est accidentel. Les acteurs principaux ne sont pas saisis par l’instantané de l’événement.


Breughel fut quelquefois surnommé le Breughel des paysans. Sa connaissance profonde de leur existence, il la traduit par des croquis pris sur le vif. Les scènes de la vie rurale, qui animent le Dénombrement de Bethléem, La pie sur le gibet, ou encore le sujet même de certains de ses tableaux, scènes de kermesse ou danse de la mariée, lui valent bien ce titre.
Le laboureur, quoique désaxé, est ici la première étape du regard. Figure puissante aux formes simplifiées, le dos large, les plis de la tunique accentuant sa massivité, les pieds lourds faits pour marcher et non pour se mouvoir dans les airs. Le berger se trouve au centre géométrique du tableau, il est peut-être intéressant que, par son symbolisme même, il soit le centre du tableau. Le sujet – Icare – étant, lui, excentrique. Hors du champ, hors des lois des choses, téméraire en son destin, celui-ci s’exclut. Tandis que l’image du bon pasteur est confiante puisqu’il tient groupé autour de lui son troupeau qui paît tranquillement. Le berger regarde vers le ciel. Qu’y voit-il ? Icare est tombé loin derrière lui et Dédale sans doute est passé depuis longtemps. Alors rêve-t-il ou médite-t-il ? Par un chemin difficile, on pénètre dans la partie droite de l’œuvre, celle du fantastique, du mouvement et de l’instant. Derrière le laboureur, peut-être le symbole d’une existence courte dominée par l’ambition, un arbuste sec lance en tout sens des ramures désordonnées. L’agitation de ses branches mortes annonce celle des jambes d’Icare battant les flots. Icare ne trouble en rien l’attention du pêcheur, quoique situé dans le prolongement du geste de ce dernier. Mais sur l’arbuste mort, perché sur une branche, l’œil rond, une perdrix observe le spectateur, seul témoin du drame. Perdrix dont Ovide nous conte l’histoire. Dédale avait été chargé d’instruire son neveu Talos, inventeur du compas et de la scie, et, jaloux des dons précoces de l’enfant, l’avait précipité du haut d’une citadelle sacrée. Pallas Athéna, pour lui éviter l’issue fatale, le changea en perdrix au cours de sa chute. Pour Dédale, cet oiseau devient dès ce moment l’image du remord. Lorsqu’Icare, victime à son tour d’une chute, fut enseveli par son père, la perdrix vint crier sa joie et battre des ailes.


A l’horizon, note poétique, le soleil saisit le regard. Descendu sur l’horizon, il miroite sur l’eau, éclaire le monde et embrase le ciel. Le soleil qui fait vivre les hommes et punit les imprudents est le terme du voyage dans l’œuvre. Mais déjà de nouvelles questions : le soleil se doit d’être au zénith, à cause d’Icare. Certains avancent que le tableau repeint expliquerait sa position ainsi que l’absence de Dédale. D’autres y voient un soleil levant ou un soleil couchant. Cette dernière opinion semble la mieux accordée à l’esprit de l’œuvre. Pour tomber des hauteurs – instant sublime d’ivresse - où le téméraire s’était aventuré et le moment ultime de sa chute, il a fallu à Icare le temps qu’il faut au soleil pour descendre du zénith.


Beaucoup de choses restent encore à dire.
Le Paysage avec la chute d’Icare laisse deviner un univers où se conjuguent les forces de la nature et les efforts des hommes. L’oeuvre résume la vie et s’ouvre sur le rêve. Chacun, comme en chaque chose, y trouve un écho, un prolongement qui lui est propre. Comme tout chef-d’œuvre, il demeure inexpliqué. Il vit simplement selon l’humeur.
« …dans ce tableau, de quel côté se trouve Breughel ? Est-il avec Icare, martyr de son rêve, ou avec le laboureur si calme, si prospère, si fortement carré…sur cette terre à laquelle il adhère de tout son être ? Entre ces individus dont pas un seul ne regarde le merveilleux coucher de soleil dans un paysage de féerie, tant chacun est absorbé par sa besogne terre-à-terre, et Icare qui meurt d’avoir trop regardé le soleil, de s’en être rapproché trop près, Breughel n’avait pas à choisir. Il savait le danger qu’il n’y a à ne connaître que la terre et le danger de perdre le contact avec elle, de la fuir dans une évasion impossible…Sans doute, la solution qu’il nous conseille est-elle de contempler la beauté du monde dans sa réalité… » Marcel Brion


dimanche 11 mars 2012

Marie de Médicis à Compiègne


La journée des dupes, après avoir frappé la cour de stupeur et un moment désorganisé le parti des mécontents, parut bientôt éphémère dans ses résultats ; les appétits restaient en éveil. Abritée derrière la reine mère, Marie de Médicis, une bande d’ambitieux affamés s’agitait. De nouvelles conspirations avec l’étranger se nouaient.
Louis XIII, qui tout jeune s’était saisi de sa couronne, n’entendait pas l’abandonner. Il ne pouvait permettre que s’épanouit plus longtemps l’audace des conjurés. Pour cela, il pouvait compter sur son ministre, le cardinal de Richelieu. Cependant l’énergie qu’exigeait la répression lui imposaient à l’égard de sa mère des ménagements particuliers.

Pour la séparer de ceux qu’il voulait frapper, il essaya d’abord de l’attirer à lui. Une démarche fut tentée pour la faire entrer dans le Conseil royal. Marie, par crainte d’être mêlée à la répression contre ses partisans, refusa. Elle devint dès lors une menace pour le trône de son fils, servant, malgré elle, d’emblème aux comploteurs et aux ennemis de l’extérieur.

Les arrestations faites au lendemain de la journée des dupes n’avaient pas suffi, la répression devait désormais viser plus haut. Les événements se précipitaient, elle se devait d’être rapide.

Le 30 janvier 1631, en l’absence de Louis XIII, Monsieur, frère du roi, bien accompagné, se rend chez Richelieu. La main appuyée sur la poignée de l’épée, le duc d’Orléans, menaçant, dénonce l’amitié jurée, sa soumission qui passe aux yeux de tous pour une lâcheté et le traitement injuste que l’on fait à sa mère. Après cette bravade, le duc, prudent, quitte la cour sans prendre congé du roi, comme l’usage le commande. Monsieur, monte en carrosse et gagne Orléans.

Louis XIII, prévenu par le cardinal de la provocation, revient en toute hâte à Paris. Un gentilhomme de la maison de Monsieur, resté au Louvre, présente les excuses de son maître. Monsieur est parti pour ne plus souffrir les violences que le cardinal faisait contre sa mère.

De ces assurances et de ces accusations, le roi n’est pas dupe. Gaston au loin, il le déclare à sa mère.
Quelques jours plus tard, Louis annonce qu’il passera le carême à Compiègne. Anne d’Autriche, son épouse, et la reine mère l’accompagneront. Les deux reines arrivent le 16 février. Elles précèdent le roi.

La dangereuse alliance des ennemis de l’Etat avec l’étranger, le crédit que leur donne la personne de la reine mère, la persistance de la reine mère à rester dans sa haine contre le cardinal - Marie est d’un pays et d’une famille où l’on pardonne peu à l’offense faite - En réaction, Richelieu propose au roi de se séparer de la reine mère. Le roi l’abandonnera, imitant ainsi le même procédé de Monsieur envers lui. Après avoir tenté une ultime démarche auprès de sa mère, Louis approuve l’idée de son ministre.
La conciliation est devenue illusoire et la rigueur inévitable. Des dispositions sont prises, les ordres sont donnés. Le 23, au petit matin, tout le monde dort encore, le roi quitte Compiègne, abandonnant le château aux deux reines. La charge de faire exécuter ses décisions est confiée au maréchal d’Estrées. Comme Louis craint un coup de force tenté en faveur de la reine mère, comme jadis aux Ponts de Cé, il a laissé à Compiègne de nombreuses troupes. Les instructions que le maréchal a reçues précisent que Marie de Médicis ne peut quitter Compiègne sans l’autorisation royale. Quant à la reine de France, Anne d’Autriche, elle sera conduite immédiatement à Paris.

A Paris, on ne chôme pas, le roi écarte les intrigants et les conseillers de la reine mère les plus dangereux. Déjà le 13 janvier, Mesdames du Fargis et de Lavaur avaient été priées de quitter la cour. Le médecin de Marie, Vautier, emprisonné. La princesse de Conti, fille d’Henri de Guise, l’exécuté de Blois, exilée. Les duchesses d’Onano et d’Elbeuf, le connétable de Lesdiguières, éloignés. Le maréchal de Bassompierre et l’abbé de Foix, embastillés. D’autres s’échappent ou rejoignent Monsieur à Orléans.


A Compiègne, le réveil de la reine mère a un goût étrange. Le château se révèle vidé de ses hôtes. Elle reste seule dans la grande demeure royale. Ce grand palais déserté lui inspire une très vive inquiétude. Inquiète par l’approche de sanctions inconnues, pensées par Richelieu, dont elle soupçonne, malgré tout, la gravité, elle se fait humble et douce. Elle essaye, s’il en est encore temps, d’y échapper. Le jour même, elle adresse au roi, une lettre. Un appel pathétique, elle réclame justice et accuse Richelieu d’être le responsable de toutes les calomnies contre elle. Au même moment, pour se prémunir des rumeurs, le roi fait publier un texte destiné à tous les parlements, aux gouverneurs des provinces et aux villes détaillant les raisons de la mise en sûreté de la reine mère.

« …Et parce qu’on avoit aigry la Royne, nostre tres-honorée Dame & Mere, contre nostre tres-cher & bien amé Cousin le Cardinal de Richelieu ; Il n’y à instance que nous n’ayons faite, priere, ny supplication que nous n’ayons employée, ny consideration publique & particuliere que nous n’ayons mise en avant pour addoucir son esprit…Pour cette raison estant apres une longue patience venu en cette ville de Compiègne, afin que la Royne bien intentionnée de soy-mesme, elloignée par ce moyen de beaucoup de mauvais esprits, conspirast plus facilemet aux moyens iustes & raisonnables, pour arrester le cours des factions qui se formoient en nostre Estat… »
Lettre du roy, envoyee à Messieurs les Prevost des marchands et eschevins de la ville de Paris, le XXIII février 1631 (extraits)

Le lendemain, le 24, monsieur de la Ville aux Clercs, secrétaire d’état, communique à Marie les ordres de Louis. Le roi prie sa mère de gagner immédiatement Moulins et d’y rester. Elle y aura le gouvernement du Bourbonnais qu’elle a toujours souhaité. Elle est libre d’accepter ou de refuser la proposition. La réponse de Marie est très réservée. Elle remercie le roi, et mène encore une charge contre le cardinal.

A partir de ce moment, une lutte longue et tenace commence. Marie conserve encore autour d’elle, quelques proches. Parmi ceux-ci, le père Suffren, qui est resté près d’elle à la demande du roi et son secrétaire, Cottignon. A l’insu de la reine mère, Cottignon, sentant le vent tourner, offre ses services au roi, c’est-à-dire à Richelieu.

Suffren et Cottignon deviennent les agents du maréchal d’Estrées. On va les utiliser, ils renseigneront. On leur demandera de sonder les intentions de Marie et de l’influencer dans ses décisions.

Marie trouve de nombreux prétextes pour éviter l’exil. Le roi cède sur tout, sauf sur Moulins.
Compiègne est trop près de la frontière, un accord des mécontents avec l’ennemi espagnol rendrait la position de la France difficile. Il faut absolument éloigner la reine mère.

A tous, Marie se plaint d’être prisonnière de son fils.  Le duc d’Orléans et les siens, avec joie, relayent les cris de la reine mère.
Mais la réalité est autre. Si Marie ne peut quitter Compiègne, elle reçoit cependant qui elle veut et sort quand elle veut. Mais la police surveille, lorsqu’elle monte en carrosse, averti, le maréchal se présente suivit d’un capitaine des gardes et de quelques gentilshommes en réclamant l’honneur de l’accompagner.

Marie retarde son départ au 20 mars, le roi s’impatiente. Pour la presser, il envoie de nouvelles troupes à Compiègne. Fini l’indulgence. Si elle persiste à ne pas vouloir quitter le château, la surveillance se fera plus rigoureuse. S’il le faut, on l’isolera complètement de l’extérieur. L’effet de cette menace est absolument nul, Marie multiplie les embarras pour ne pas s’en aller.

Les soldats sont partout, au grand désespoir financier des habitants de Compiègne. Entretenir les troupes, réparer leurs dégâts, cela coûte. Nul ne peut sortir de la ville sans un billet du maréchal, les hôteliers doivent communiquer les noms des voyageurs. Des soldats gardent la terrasse du château.

Dans la demeure, rien de nouveau, Marie conduit toujours les mêmes discussions stériles.

A présent, la reine mère, fait la grève ; elle ne sort plus du tout du château ; elle envoie, à sa place, ses filles se promener. Le roi lui interdit la visite de l’ambassadeur d’Espagne, mais autorise celle du représentant de Florence.

Une atmosphère de complots enveloppe la cité dans laquelle rôdent de nombreux espions.

Marie est inquiète, le cardinal la persécute. Elle connaît bien Richelieu. C’est elle qui l’a introduit à la cour, comme on introduit un loup dans la bergerie. Aujourd’hui, la reine mère s’en mord les doigts. Ce départ pour Moulins la préoccupe. Sous prétexte de la conduire dans cette ville, on veut l’embarquer sur un bateau qui du Rhône la conduira à Florence. L’objectif du cardinal est de la renvoyer en Italie, loin de la France et de la cour. Une fois monté en carrosse on pourra la mener où l’on voudra. Voilà la pensée de la reine mère. On lui propose alors Angers, c’est une diversion. Déjà elle se sent emprisonnée plus étroitement.

La pression augmente, de nouvelles troupes arrivent. Gaston s’agite, appelle les Lorrains à son aide, activités vaines quand on connaît l’homme.
Nous sommes le 22 mai, Marie n’a toujours pas quitté Compiègne. Le roi attend, malgré les nombreuses plaintes de sa mère, il ne cède pas : elle doit se rendre à Moulins.

A Compiègne, la situation des gardiens est pénible, le service n’est pas des plus facile, Marie complique tout à plaisir. Cottignon et Suffren sont dans une demi-disgrâce. Ils n’ont pas réussi dans leur mission. Les soldats indifférents et indisciplinés, laissent passer tout le monde. Les hommes du roi sont découragés. Le maréchal, lui-même, demande avec insistance son rappel.
La Médicis joue avec ses nerfs. Tout lui est bon pour rendre la vie du maréchal impossible. Elle tient absolument à se purger avant de partir, et, pour cela il lui faut son médecin. Or, celui-ci se trouve emprisonné. Cette affaire occupe pendant plusieurs semaines toutes les conversations entre le maréchal, Cottignon, le père Suffren, et, les correspondances avec le roi. La reine veut se purger ! la reine ne s’est pas purgée ! la reine se purgera ! la reine ne se purge toujours pas ! La reine veut son médecin. L’arrestation de Vautier met la vie de ta mère en péril écrit-elle à Louis.
Et la reine ne part toujours pas !

Subitement, le 1er juin, éclate au milieu de cette lassitude générale un coup de théâtre. Le roi demande de faire sortir immédiatement de Compiègne toutes les troupes. Le roi autorise le départ du maréchal. La raison apparente est le refus de Marie de partir tant qu’elle sera entourée de soldats. Cependant la lettre du roi au maréchal est d’une autre portée. Après avoir rappelé les efforts inutiles de ses ambassadeurs pour convaincre la reine mère de suivre ses désirs, le roi ajoute : « lesquels sont maintenant tout autres … ».

Toutes ces discussions stériles et oiseuses ont fatigué le souverain. Cette fois il a décidé d’abandonner réellement sa mère. Il ne lui adressera plus aucune lettre. Elle fera comme bon lui semblera. De toute manière la police de Richelieu veille, ses amis sont épiés, ses lettres lues, ses projets percés à jour. Le roi sait tout ce qui se dit ou se fait dans les appartements de sa mère.

Le 9 juillet, toujours à Compiègne, Marie apprend que Gaston a fait appel au parlement contre le roi. Elle tente par une supplique similaire de renforcer l’action de son second fils.

Si la reine mère ne veut pas quitter Compiègne, se dit le cardinal, c’est qu’elle a des projets. Du reste le ministre sait que Marie est engagée avec Monsieur et les Espagnols.

Les événements vont se précipiter maintenant.

Depuis quelques temps, au nord de Compiègne, dans le village de Sains, devant l’auberge de l’Etrille, trois carrosses tout attelés font halte chaque soir. Le 15 juillet, à trois heures du matin, un chariot quitte Compiègne. La veille, six hommes ont chargé un coffre immense sur le véhicule qui se dirige à présent vers les Pays-Bas. Bavards, les deux conducteurs racontent à qui veut l’entendre qu’ils transportent les bagages de la reine mère. Le même jour, à l’auberge de l’Etrille, un cuisinier prépare un repas, qu’il annonce à tout venant être celui de la reine mère.
Pas difficile dans ces conditions, pour les espions du cardinal, de prévoir ce qui va se passer.

Le 18 juillet, vers dix heures du soir, lorsqu’elle croit la nuit suffisamment obscure pour qu’on ne la reconnaisse pas, Marie quitte le château. Elle se dirige à pied, vers les remparts et la porte Chapelle. Au bras d’un gentilhomme, La Mazure, elle s’engage sur la route de Soissons. Personne n’a envie de s’opposer à son projet. A distance, Massé, lieutenant de ses gardes, la suit. Quelques centaines de pas plus loin, un cavalier vêtu de sombre et un autre homme à pied, se joignent au petit groupe. Marcel Hébert, concierge de la porte Chapelle regarde tout ce monde s’éloigner. D’une parole sonore, il interpelle ces gens ; il avertit qu’il va fermer. Une voix lui répond d’en faire à sa guise - Nous ne rentreront plus dans la ville.

Au tournant de la route de Choisy attend un carrosse attelé de six chevaux bais. C’est celui de madame du Fresnoy. Afin de ne pas attirer l’attention, celle-ci est sortie de Compiègne par une autre porte, celle de Pierrefonds. La Mazure fait aussitôt monter la reine dans son carrosse. Cinq ou six cavaliers entourent à présent la voiture. L’un des cavaliers, le visage à demi-caché dans son manteau brun, entraîne le cortège au grand trot vers Choisy.
Sur la route, au loin, on aperçoit deux chevaux attachés au bord de l’eau et leurs maîtres, probablement des gardes de la reine mère. Le convoi doit traverser la rivière et ils surveillent le bac. On a bien fait de s’y prendre d’avance, car le passeur vient de décéder. Un nommé Laurent Robiquet le remplace. Il servira de guide. Il passe le carrosse avec ses six chevaux, les dames, les cavaliers, les montures, et prend ensuite la tête du convoi. Sur la rive, trois hommes armés de pistolets sont restés. Ils enchaînent et cadenassent le bateau. Ils demeureront là jusqu’au lendemain 10 heures. Ils doivent empêcher tout passage et protéger la fuite de Marie.

Le carrosse avec son escorte a franchi le Mont des Singes dans la forêt de Laigue, longé le parc d’Offémont, traversé Tracy et Chauny, passé à quatre heures du matin à Blérancourt et atteint vers huit heures, le village de Rouy. On passe ensuite à Pont-sur-Serre et à Sains.

Ce village est le quartier général des conjurés. On y retrouve sept ou huit gentilshommes et les trois carrosses. Le jeune de Vardes, acquis à la reine mère, a envoyé un messager porteur de nouvelles inquiétantes.


Le but de Marie est de s’enfermer dans la Capelle-en-Thiérache et d’y appeler les Espagnols.
Cependant les conjurés ont compté sans Richelieu. Le cardinal n’a rien ignoré de leur complot. Il a pris ses dispositions.
Le retrait des troupes de Compiègne n’avait qu’un but : ne pas entraver le suicide politique de Marie. Habile cardinal !

Prévenu par Richelieu, le vieux marquis de Vardes, fidèle au roi, a repris la place forte de Capelle-en-Thiérache à son fils qui en était le commandant. Il a chassé tous ceux qui lui semblaient suspects et levé les ponts. C’est alors que les expulsés envoient un cavalier à Sains, pour avertir Marie de changer ses plans. L’émotion de la fugitive est extrême. Si elle renonce à son projet, l’humiliation l’attend et un transport forcé vers quelque place forte bien murée et si elle persiste à gagner La Capelle, sa liberté sera encore plus vite perdue.

Malheureuse équipée entraînée vers le pire.

Alors, elle dîne rapidement dans son carrosse, puis reprend la route. La reine mère a décidé. Elle ne retournera pas à Compiègne, n’ira pas à Capelle, elle gagnera Bruxelles. Le convoi se dirige à présent vers Sorbais. La reine mère veut coucher à Estrun de l’autre côté de la frontière.
Le lendemain, dimanche 20 juillet, vers quatre heures de l’après-midi, la fugitive fait dans Avesnes une entrée triomphale, sans même s’apercevoir que ce triomphe est celui de son ennemi.
En se retirant auprès de l’ennemi, elle se condamne aux yeux des bons Français et agit contre le sentiment de la nature envers son fils écrit Richelieu.

Sa sortie de France vient de la perdre, de la découronner. La reine mère ne constituera même plus un instrument utile aux mains des Espagnols.

Lire la suite : 

Marie de Médicis et Gaston d'Orléans à Bruxelles

dimanche 26 février 2012

Canova Antonio - 2e partie - l'emballeur du pape


Pie VII enlevé et retenu prisonnier à Fontainebleau. Les prélats exilés. La terreur planait sur Rome. Après la destruction du pouvoir pontifical, Rome était devenue une préfecture française. Les nouvelles autorités bannissaient ou incarcéraient tous ceux qui par leur naissance, leur état ou leur fortune, pouvaient éveiller un sentiment de résistance. Cependant le nouveau pouvoir épargna Canova. Sa grande réputation et le crédit qu’on lui savait auprès de Bonaparte, le protégeaient. Une nouvelle fois, dans Rome, la misère réduisit la population à la famine. Fraternel, une fois de plus, il porta secours aux affamés. En une année de détresse, ce cœur généreux, partagea, sur sa fortune personnelle, entre les pauvres, 140.000 francs de l’époque. Ne s’arrêtant pas, il protégea aussi les artistes contre l’arbitraire. En 1809, de jeunes pensionnaires espagnols se trouvaient à Rome. Ils refusaient de prêter serment de fidélité au nouveau gouvernement de leur pays. Ils le regardaient comme illégitime et usurpateur. Canova apprit leur arrestation par les Français et leur enfermement dans le château Saint-Ange. Sans hésiter, il trouva le général responsable, plaida leur cause, et obtint leur liberté. Ce n’était pas assez de les avoir délivrés, il s’occupa encore d’eux.

Un autre artiste, sculpteur espagnol, nommé Alvarez, par l’installation du frère de Napoléon en Espagne, avait perdu les secours de sa patrie. Son atelier rempli d’ouvrages, il ne trouvait pas de clients. Ancien ambassadeur, Beauharnais, alors vice-roi à Milan, fut sollicité de faire l’acquisition de certaines de ses oeuvres. Mais il ne s’y voulait déterminer qu’après l’avis de Canova sur leur mérite. Canova répondit : « Les ouvrages d’Alvarez restent invendus dans son atelier, parce qu’ils ne sont point dans le mien.».
Il apprit encore qu’il était question, à Venise, de convertir en salle de bal la magnifique bibliothèque de Saint-Marc. Il dénonça à l’Empereur cet attentat contre l’ouvrage de Sansovino.
Il refusa toutes les propositions d’emplois politiques que les Français lui firent. Devant le vol des œuvres d’art, il donna sa démission de la direction des musées. Cette démission embarrassa les autorités. Il consentit à la retirer sur la promesse que dorénavant plus rien ne serait enlevé des collections des musées. Mais s’il resta en poste, il refusa toute espèce de traitement. Elu sénateur par décret impérial, il refusa cette distinction.

Napoléon après avoir dépouillé Rome de ses plus beaux ouvrages, voulait à présent la dépouiller de son plus grand artiste. Canova reçut de la part de l’empereur les plus honorables et obligeantes propositions de s’établir à Paris. Dans une lettre, le sculpteur italien déclina poliment l’offre. Mais il se rendit tout de même en France pour faire le buste de la nouvelle impératrice, Marie-Louise. Il arriva au mois d’octobre 1810 à Fontainebleau. De là, il se rendit à Paris. Devant Napoléon, il lui expliqua son impossibilité de quitter l’Italie.
  • Paris est la capitale de l’art, il faut que vous y restiez, et vous y serez bien - rétorqua l’empereur-… c’est ici votre centre. Ici sont réunis les chefs-d’œuvre antiques ; il ne manque que l’Hercule Farnèse, et nous l’aurons aussi.
  • Mais ne laisseriez-vous rien en Italie ?... interrogea l’artiste

A cela, il n’y eut pas de réponse.

De retour à Rome, l’académie Saint-Luc décerna à Canova le titre de prince de l’académie.

Quelques années passent, le rêve de Napoléon s’effondre. L’ex-empereur retrouve un second exil à Sainte-Hélène, le dernier cette fois-ci. L’aventure est terminée ; il ne reviendra plus.

L’anarchie régna à Rome de 1809 à 1814. Elle avait favorisé la déprédation, le détournement et le vol d’ouvrages antiques. A peine Pie VII rassit sur le siège pontifical, que Canova reprit sa place auprès de lui. Pour lutter contre les trafics, l’artiste rétablit l’académie d’Archéologie. Sans secours financiers du gouvernement, une fois de plus, il employa ses propres deniers pour empêcher cette académie de disparaître et protéger de cette manière les œuvres d’art.

Trop honoré, trop célèbre, trop estimé, trop de succès, éveillèrent contre lui, l’envie de certains. On l’accusa de plagiat, on l’accusa encore d’avoir collaboré avec l’ennemi. Devant de tels mensonges, Canova garda longtemps le silence. Il le rompit enfin et défia qui que ce fût de l’égaler dans sa fidélité au Saint-Père, et dans son zèle pour les intérêts de Rome et des Beaux-Arts. Ses détracteurs se turent.
Lors de son troisième voyage à Paris, en 1815, le sculpteur reçut un accueil beaucoup moins chaleureux. Il venait, en mission diplomatique, présider, au retour en Italie des objets d’art « empruntés » par les Français victorieux lors des campagnes dans ce pays.

Depuis 1795, les chefs-d’œuvre flamands, hollandais, italiens, allemands et espagnols, trophées des campagnes militaires de la république et du 1er empire, affluaient sans cesse à Paris. Tableaux, statues, bronzes, camées, médailles, manuscrits et livres précieux remplirent, jusqu’en 1815, les musées français.

Après la chute de Napoléon, le congrès de Vienne décida que ces chefs-d’œuvre d’art et de science devaient être rendus à leurs propriétaires et aux villes dont ils faisaient l’ornement. En conséquence, les chefs-d’œuvre pris en Italie, en Allemagne, en Espagne et dans les Pays-Bas devaient être retirés du muséum de Paris (le futur musée du Louvre) et des autres lieux où ils pouvaient se trouver. Chaque nation nomma et envoya des commissaires chargés de cette récupération.

En France, les mêmes hommes qui avaient spolié, les plus faibles prétendaient à présent refuser au plus fort le droit de reprendre ce qui lui avait été pris lorsqu’il était le plus faible.

Au premier rang de ces hommes, le baron Vivant Denon, directeur général du muséum. Lui et d’autres tentèrent de rendre odieux le rôle des commissaires chargés par le congrès de Vienne de récupérer les oeuvres volées dans leur pays. Pour une raison ignorée, Denon s’acharna plus particulièrement sur Canova. Était-ce le mépris de l’ancien courtisan de Versailles, pour le fils d’un tailleur de pierres italien ou la jalousie pour un grand artiste étranger qui avait toujours protéger les oeuvres d’art de son pays ? Toujours est-il que Vivant Denon, va tout tenter pour humilier Canova et l’empêcher de remplir sa tâche. L’envoyé de Rome passa d’abord pour être le voleur de ce dont les Français avaient dépouillé Rome, ensuite pour un intrigant et un lâche, et pour finir pour un artiste pornographe qui ferait mieux de retourner à son travail que de jouer au commissaire des Etats du Vatican.

Louis XVIII replacé sur le trône par les puissances alliées, ne pouvait résister aux reprises des puissances étrangères. Il ne pouvait non plus heurter, par une coopération quelconque, les Français. Dans cette position ambiguë, le nouveau gouvernement français, ne pouvant s’opposer aux restitutions, se tint dans une neutralité, ou pour mieux dire une nullité absolue d’action, ne résistant et ne se prêtant à rien. Il laissait ainsi à Denon et à ses amis les mains libres pour régler cette affaire.
Telle était alors l’esprit du moment en France, faussé par une longue habitude de prendre, que l’idée de rendre n’était plus comprise.

Pour s’opposer aux restitutions, on ferma le musée certains jours, on conseilla aux ouvriers de ne pas obéir à l’enlèvement des pièces, on cacha des objets. A l’extérieur, comme à la plus belle époque de la révolution, une populace excitée, rendait difficile le déménagement. On devait souvent recourir à une protection armée. Le directeur général recourait à mille subterfuges pour garder des œuvres qui ne lui appartenaient pas.

Il traitait avec dédain Canova, un personnage, selon lui, peu instruit.
Contre Canova, le baron Denon demanda l’aide de son ami, le baron de Humboldt, ambassadeur de Prusse. Le diplomate devait décourager et rendre impossible la mission du représentant de Rome. Pour pouvoir continuer, Canova se vit obligé de demander l’intervention du congrès.
Malgré tout, certains Français, et parmi eux des artistes, comprenaient fort bien l’inconfortable situation de Canova et le soutenaient.

La mauvaise volonté de l’administration à restituer les œuvres volées confrontait Canova sans cesse à de nouvelles tracasseries. Il protesta auprès du ministère contre le manque évident de collaboration des personnels du muséum. Le sculpteur, prince de l’académie de Rome, rappela qu’il était l’ambassadeur du pape. Alors, reprenant le mot de Talleyrand, méprisant, Vivant Denon lui répondit - C’est l’emballeur du pape, que vous voulez dire, oubliant que lui-même fut l’emballeur de Napoléon et qu’il s’était fait depuis receleur.

Pour récupérer les œuvres du Vatican, Canova fut à plusieurs reprises obligé d’invoquer le recours à la force militaire des alliés.

Les instructions de Canova, cependant, lui laissaient une certaine liberté de décision. Par elles, il était autorisé par le pape à faire des concessions. Ainsi, de négociations en négociations et malgré les mauvais rapports entre les parties, Canova finit, tout comme les aimables commissaires de Florence, par offrir au futur musée du Louvre plusieurs objets, qui modéraient la rigueur de sa mission. Il laissa ainsi à la France, la statue colossale du Tibre, la grande et belle Minerve colossale trouvée à Velletri. La Melpomène, le Tibère en toge, l’Auguste, l’Isis en marbre noir, le tombeau des Muses, le tombeau des Néréides, trois candélabres, le buste d’Homère, le Démosthène assis, le Trajan assis, une chaise rouge, deux sphinx, un trépied, un trépied d’Apollon, un autel rond orné de bas-relief, deux sièges de Bacchus et de Cérès, le tout estimé à 652.000 francs de l’époque. Joli cadeau de la part d’un « intrigant ».

Malgré les nombreux embarras de l’administration du baron Denon, Canova avait réussi à se faire restituer, 60 tableaux, 44 statues, 14 bas-reliefs et bustes, 4 bronzes, 16 vases étrusques, et quelques autres objets divers. Sa mission terminée, dégoûté, il fut impatient de quitter Paris.

A son retour à Rome, l’envoyé du pape fut dédommagé des « désagréments » parisiens. Il reçut bon nombre d’honneurs. L’académie Saint-Luc alla en corps à sa rencontre, le pape le reçut en audience solennelle et lui remit le diplôme de son inscription au livre d’or du Capitole. Le souverain Pontife le nomma marquis d’Ischia, avec une dotation de 3000 écus romains. Désintéressé, l’argent n’était pour lui que le moyen d’entreprendre de nouvelles œuvres, Canova consacra cette somme à l’encouragement des arts. Il fonda cinq prix annuels en faveur des élèves de l’académie de Rome. Il ne cessa toute sa vie d’aider les jeunes artistes de ses conseils et de sa bourse. Une de ses dernières occupations de sa vie fut l’érection d’une église à Possagno sur le modèle du Parthénon. Ce monument ne put être achevé avant sa mort, dans son testament il affecta des sommes considérables pour son achèvement.

Les travaux que Canova exécuta pendant trente années sont considérables. Il a laissé 53 statues, 12 groupes, 14 cénotaphes, 8 grands monuments, 7 figures monumentales, 2 groupes de grandeur prodigieuse, 54 bustes, 26 bas-refiefs, ainsi qu’une foule d’ouvrages non terminés. Bien que la sculpture n’absorbait pas tous ses instants, Canova ne se fit jamais aider dans ces travaux. Il peignit aussi, on connaît de lui vingt-deux tableaux, dont plusieurs de grande dimension.


Canova mourut à Venise le 13 octobre 1822, à l’âge de soixante-cinq ans. Toute l’Italie célébra avec la plus grande magnificence ses obsèques.
Dans l’église Santa Maria Gloriosa dei Frari, à Venise, une pyramide en marbre de Carrare accueille son cœur. Ce monument funéraire fut sa propre création. Pour sa construction, l’Angleterre a fourni le quart de la dépense ; la France et l’Allemagne ont contribué pour un autre quart ; l’Amérique du Sud y a souscrit pour un peu,  enfin, l’Italie et les villes vénitiennes ont fait le reste. Jamais talent ne reçut un plus vaste hommage international.

L’académie vénitienne des Beaux-Arts reçut sa main droite et Possagno, son corps.

«  Ainsi le Praxitelles (sic) romain offre dans ses ouvrages, tous les caractères avec toutes les beautés. Quelle distance d’Hébé à Thésée, et d’Hercule aux Trois Grâces ! que d’élégance ici ; et là, que de vigueur ! Avec quel bonheur l’habile artiste passe des proportions les plus colossales, aux formes les plus délicates, d’où n’approche point ce que la nature même a de plus parfait…C’est le secret des grands maîtres. Michel-Ange a fait le Moïse et le Cupidon, comme Phidias avait fait le Jupiter Olympien et le bouclier de Minerve. » Tableau de Rome vers la fin de 1814 – Guinan Laoureins.

lundi 20 février 2012

Canova Antonio, fils d'un tailleur de pierres, 1ere partie



Antonio Canova

Le goût cède facilement à l’enthousiasme général.  En matière de littérature et d’art, il est toujours difficile de mesurer exactement le génie.  Célèbres aujourd’hui, oubliés demain, tel est la règle commune pour beaucoup.  Stendhal dans son « Itinéraire dans Rome au voyageur pressé » recommande une visite à l’atelier de Canova, mais oublie Michel-Ange - une petite mention pour la chapelle Sixtine, pas plus – Du reste, l’auteur de la Chartreuse de Parme, ne fait guère d’éloges au génie de la Renaissance.

Canova, que Stendhal exaltait, sacrifiant à la mode d’alors, est à présent quasi oublié.  Les critiques lui accordent un talent aimable, gracieux et c’est tout !  Et pourtant…  Fils d’un tailleur de pierres, Antonio Canova naquit avec un véritable sens de la sculpture. 

Il vit le jour près de Trévise, dans le gros village de Possagno, le 1er novembre 1757. 
Dès l’âge de cinq ans, la masse et le ciseau en main, il tailla la pierre.  Vers ses quatorze ans, devenu orphelin, son adresse à manier le ciseau, attira l’attention du sénateur vénitien Falieri.  A Venise, ce Falieri plaça le bambin chez le sculpteur Torretti.  Un sculpteur qui ne laissera pas de grands souvenirs.  Cependant Antonio fit auprès de lui de réels progrès.  La ville conserve encore ses premiers essais : deux corbeilles à fruits en marbre, destinées à orner la rampe d’escalier de Falieri.  Après le décès de Torretti, le jeune Canova continua quelque temps son apprentissage chez Ferrari, neveu de son premier maître.  Il le quitta pour l’académie des Beaux Arts où son habilité lui fit remporter plusieurs prix.

Quelques années vont passer.

Depuis trop longtemps, privilégiant la peinture et l’architecture, la cité des doges ne possédait pas un statuaire digne d’elle.  La présence dans ses murs du jeune Canova au talent prometteur va lui en donner l’occasion.

Il a vingt-deux ans lorsqu’il signe son premier groupe : Dédale et Icare.  Enchanté de cet ouvrage, le sénat vénitien lui octroie une pension de 300 ducats, et l’envoie parfaire son éducation artistique à Rome.

Le jeune artiste ne se doutait pas encore qu’il était destiné à renouveler avec éclat les doctrines de l’antiquité.  Il y avait chez lui, une vivacité extraordinaire d’imagination et une capacité d’action et d’exécution rapide.  Il joignait à cela une passion d’apprendre.  De ses nombreuses lectures, jaillissaient sous son burin tous les héros antiques de ses bas-reliefs : La mort de Priam – Socrate buvant la ciguë et congédiant sa famille – le retour de Télémaque à Ithaque - …

En 1779, après trois siècles de fécondité et de productions remarquables, l’Italie avait épuisé tous les goûts, toutes les manières et tous les styles.  L’art du Bernin triomphait toujours.  La statuaire avait perdu son caractère de l’antique.  Cependant au XVIIe et XVIIIe siècles, les découvertes de villes anciennes, Velléia, Pompéi, Herculanum ranimèrent la curiosité des amateurs et des savants.  Elles rallumèrent le flambeau de l’antiquité chez certains artistes.  Par son Histoire de l’art antique, Winkelmann donna une forte impulsion au renouveau du goût ancien.  Déjà quelques uns militaient en faveur d’une révolution artistique, devenue nécessaire par l’immobilisme de l’art.  Leurs conseils et leurs travaux intéressèrent Canova.  Le jeune homme étudia, entre autre, la théorie de l’art comme la concevait le peintre néo-classique Raphaël Mengs, directeur de l’académie de peinture de Rome.  Il mit en pratique toutes les leçons acquises.  Il se fraya ainsi une route nouvelle, celle du néo-classicisme.  Le succès arriva vite, Amour et Psyché, Vénus et Adonis, les trois grâces, Pâris, Mars et Vénus et surtout Madeleine repentante qui est sans doute son chef-d’œuvre. Un sujet tout neuf que cette Madeleine, aucun ouvrage, aucune tradition ne lui prescrivait le genre, le style, l’ajustement ou la proportion, rien dans l’antique, rien dans le moderne.  Une vraie création moderne qui sera entourée, lors de son exposition, d’une admiration universelle.

De si belles œuvres avaient rendu Canova célèbre dans toute l’Europe.  Pendant les troubles de l’Italie, en 1798 et 1799, Canova demeura à Rome.  La misère ravageait la population.  Chaque jour, la situation s’aggravait.  L’artiste eut pitié de ses malheureux compatriotes.  Abandonnant ses travaux, il employa tous ses moyens pour les secourir.  Ne pouvant rien faire de plus, Canova prit le parti de retourner, chez lui, à Venise.  De là, il accompagna en Autriche et en Prusse le prince vénitien Rezzonico. 

Pendant le voyage, de grands changements s’opéraient dans les affaires de l’Europe et dans la situation politique de l’Italie.  Le pape Pie VI, prisonnier, était mort en France.  Un nouveau pape fut élu à Venise et ramené à Rome, sous le nom de Pie VII.

Canova revint à Rome.

A son retour, l’artiste mit de l’ordre dans ses affaires.  Jusqu’à présent il avait vécu à peu près seul, trop occupé de ses travaux pour penser à la gestion de son atelier.  Il sentit le besoin de remettre la partie administrative de son « entreprise de sculpture » à son frère. 
Il ne vécut plus, dès lors, qu’entre sa mère, son frère et dans son art pour son art.

Le pape Pie VII  rétablit pour Canova, un emploi autrefois créé pour Raphaël par le pape Léon X ; il le nomma inspecteur général des Beaux-Arts.  Le premier projet que notre nouvel inspecteur présenta au pape fut celui d’agrandir le musée du Vatican.  Il fit encore entreprendre des fouilles, qui s’étendirent depuis l’arc de triomphe de Septime Sévère jusqu’au Colisée.  Il proposa aussi une foule d’autres projets …

Demandé en France par Bonaparte, il quitta Rome en octobre 1802.  Accueilli à Paris avec tous les témoignages d’estime et d’admiration, Canova fut reçu comme membre associé étranger de la classe des Beaux-Arts de l’Institut, auquel appartenait un certain Denon, surintendant des Beaux Arts. 

Canova vint au château de Saint-Cloud pour modeler la figure du premier Consul.  Il devait faire sa statue colossale.  L’artiste venait souvent dans l’espoir de faire poser son modèle.  Ces séances causaient à Bonaparte tant d’ennui et d’impatience qu’il ne posait que rarement et pendant peu de temps.  «  Encore poser ! mon Dieu, que cela est ennuyeux ! » murmurait-il en haussant les épaules.  Evidemment, l’image s’en ressentait.  Cependant Bonaparte montrait à Canova les plus grands égards.  Chaque fois qu’on l’annonçait, il envoyait Bourrienne, son secrétaire, lui tenir compagnie.  Le brave homme restait avec le sculpteur jusqu’au moment où le premier Consul pouvait lui accorder la séance.  Canova éprouvait beaucoup de déplaisir de ne pouvoir étudier convenablement son modèle, et le peu d’empressement de Bonaparte refroidissait son imagination.  Achevée quelques années plus tard, la statue représentait Bonaparte en « Mars désarmé et pacificateur ».  Beaucoup de monde s’accorda à dire qu’elle ne correspondait pas à ce que l’on attendait.  Bonaparte s’exclama en voyant l’œuvre : « Canova croit que je me bats à coups de poing ? ».  L’empereur interdit de la rendre publique.  Pour la dérober aux regards, un rideau de soie verte la recouvrit et on clôtura de planches l’ensemble.  Aucun journal, n’en rendit compte - Blackout - Refusée, la statue du dieu de la guerre, fut abandonnée et oubliée dans une salle basse du Louvre.  Elle devint le 16 septembre 1816, pour la somme de 66.000 francs, la propriété du duc de Wellington.  Le vainqueur de Waterloo la fit placer dans le vestibule de son hôtel de Londres, où elle se trouve encore.

« L’élévation de cette statue est telle, disait ironiquement Byron, que, vue de dos, la partie mitoyenne du corps de Napoléon se trouve juste à la hauteur de Lord Wellington ».

Canova juge suprême en matière de beauté à cette époque prendra une belle revanche.  Sa plus célèbre sculpture la Vénus Victrix ou la Vénus triomphante va bientôt voir le jour.  Une « Vénus moderne », impériale, aux formes créées pour le marbre, et, dont les lignes du visage reflèteront, dans peu de temps, la lumière des camées antiques.


Parmi les trois sœurs de Bonaparte, Pauline était la plus jolie.  Elle ne l’ignorait pas. 
Elle avait épousé en premières noces le fils d’un meunier de Pontoise, le général Leclerc.  Commandant de l’expédition de Saint-Domingue en 1801, il y mourut de la fièvre jaune.  Madame Leclerc, qui avait suivi son mari dans cette aventure, devenue veuve retourna naturellement en France.  Elle traînait après elle le cercueil de son mari qu’elle ne quittait pas d’un oeil.  Quoique fort lourd, ce cercueil renfermait l’âme plutôt que le corps du général, car il ne contenait que l’or et les bijoux que la Belle avait rapporté de Saint-Domingue.  Pauline épousa par après, le prince Camille Borghèse. 

Ce fut pendant ce deuxième mariage que se situe l’épisode de son marbre par Canova. Elle fit faire, allongée, sa statue en Vénus par le célèbre artiste.  Elle parut comme Vénus naissante de l’écume des eaux parut.  Pauline se montra sans aucune draperie au ciseau de Canova.

Cette statue est l’une des plus gracieuses que Canova a produite. Vénus sortie victorieuse du combat de la beauté se repose sur un lit.  Elle semble jouir du prix de sa victoire : la pomme d’or qu’elle tient d’une main.

Ce marbre triompha au palais Borghèse, où il fut, pendant un certain temps, exposé et livré aux jugements du public.  Le cortège des amateurs romains et étrangers ne cessait pas de se presser autour de la Vénus.  Le jour ne suffisant plus à leur admiration, on ouvrit le soir.  Ils obtinrent ainsi de pouvoir considérer la déesse à la lueur des flambeaux.  On fut enfin obligé d’élever une barrière pour protéger la statue contre la foule, qui ne cessait de s’entasser.

Après cet intermède, Napoléon s’empara de l’Etat pontifical.

A suivre…

Vénus Victrix

dimanche 5 février 2012

Un autre traité franco-russe de Tilsit ?

Alexandre Ier

1807, l’entrevue de Tilsit, l’image est connue, une barge sur un fleuve, le Niémen, deux empereurs, l’un Français, Napoléon Ier, l’autre Russe, Alexandre Ier.  Tous deux signent le fameux traité qui clos la guerre.  Les articles de ce traité sont à présent bien connus.

Mais il semble qu’il existe ou qu’il ait existé un autre traité franco-russe de Tilsit.

En 1812, paraissait, dans la gazette de Madrid, les clauses d’une convention secrète signée à Tilsit en 1807.  Cet accord-là, plus court, et sensiblement différent du premier, portait seulement les signatures du prince russe Kourakin et de Talleyrand.  Ce curieux document sera encore publié en 1822, dans quelques journaux britanniques.

Roi de Naples, puis d’Espagne, Joseph Bonaparte, frère de Napoléon, a toujours nié l’existence d’un tel arrangement.

En supposant l’existence authentique de ce document, il serait le véritable point de départ de l’affaire des guerres de la péninsule ibérique depuis 1807.  Le Tsar abandonnait complètement l’Espagne et le Portugal à Napoléon.  Il prouverait encore que cette grande opération de renversement de dynasties, dont les suites seront désastreuses, n’entrait pas seulement dans les plans de Napoléon, mais qu’elle était liée à un système général de partage de l’Europe entre la France et la Russie.

Talleyrand
                                                               
Il est difficile de savoir si ce traité a véritablement existé.  Si cela était, toute trace de ce document compromettant  pour les signataires a dû probablement disparaître en 1814.  A cette époque, Napoléon logeait à l’île d’Elbe et l’empereur Alexandre habitait à Paris chez Talleyrand.  L’empereur de Russie et l’ancien ministre avaient le plus grand intérêt à détruire cet accord et rien ne leur était plus facile. 

Quoiqu’il en soit, vrai ou faux, voici les articles de cette curiosité :

Art. 1er. La Russie prendra possession de la Turquie européenne, et étendra ses possessions en Asie autant qu’elle jugera convenable.

Art.  2.  La dynastie des Bourbons d’Espagne, et la maison de Bragance en Portugal, cesseront de régner.  Un prince de la famille Bonaparte succédera à chacune de ces couronnes.

Art.  3.  L’autorité temporelle du pape cessera ; Rome et ses dépendances seront réunis au royaume d’Italie.

Art.  4.  La Russie s’engage d’aider la France de sa marine pour la conquête de Gibraltar.

Art.  5.  Les Français prendront possession des villes situées en Afrique, telles que Tunis, Alger, etc. ; et, à la paix générale, toutes les conquêtes que les Français pourront faire en Afrique seront données en indemnité aux rois de Sardaigne et de Sicile.

Art.  6.  L’île de Malte sera possédée par les Français, et il ne sera fait aucune paix avec l’Angleterre tant qu’elle n’aura pas cédé cette île.

Art.  7.  Les Français occuperont l’Egypte.
Art.  8. La navigation de la Méditerranée ne sera permise qu’aux navires et vaisseaux français, russes, espagnols et italiens ; toutes les autres nations en seront exclues.

Art.  9.  Le Danemark sera indemnisé dans le nord de l’Allemagne par les villes hanséatiques, sous la clause cependant qu’il consentira à remettre son escadre dans les mains de la France.
Art.  10.  Leurs Majestés les Empereurs de Russie et de France conviendront ensemble d’un règlement d’après lequel il ne sera permis, à l’avenir, à aucune puissance de mettre en mer des navires marchands, à moins qu’elle n’entretienne un certain nombre de bâtiments de guerre.